Activités 2016

Activités 2016

Samedi 16 janvier, conférence de M. Claude Marro : Du comte de Falloux à Jules Ferry, l’application des lois scolaires à Cannes au XIXe siècle.

Comme le permet la loi Falloux depuis 1850, l’école publique de Cannes est aux mains de religieux, onéreuse et libre au sens où il n’existe pas d’obligation scolaire, la seule obligation incombant à la commune, tenue d’assurer l’enseignement des garçons et des filles à la demande des familles. Une longue lutte entre des municipalités consrvatrices et une opposition républicaine aboutit à une laïcisation progressive de l’enseignement (un établissement laïc au Suquet et une école congréganiste dans la ville basse), puis à la gratuité de l’enseignement en 1878, trois ans avant la loi qui l’impose partout en France.
La loi sur l’enseignement obligatoire, votée en avril 1882 et applicable dès la rentrée d’octobre, provoque des difficultés : la municipalité républicaine, qui ne peut faire face à l’afflux massif des élèves dont le nombre quadruple brusquement, offre alors des facilités aux écoles privées où se sont repliés les enseignants congréganistes. Le plus difficile reste à faire : convaincre les familles réticentes à scolariser leurs enfants. La commission municipale scolaire, créée dans ce but, use de moyens coercitifs efficaces : convocation des parents en cas d’absentéisme manifeste, affichage du nom des récidivistes sur la porte de la mairie, plainte auprès du juge de paix. Le nombre des absences non acceptables diminue de moitié chaque année, pour disparaitre quasiment à partir de 1887.
L’étude du registre de la commission municipale scolaire permet de mieux cerner la vie quotidienne des classes pauvres à Cannes, ville en mutation où les métiers de la terre et de la mer sont encore vivaces, où le petit commerce et l’artisanat se développent et où la protection sociale est encore balbutiante.

Samedi 13 février, conférence de M. Robert Bigel : L’arbre et la ville.

Seul l’arbre forestier se développe en harmonie avec son milieu. La taille fréquente de l’arbre fruitier provoque son vieillissement accéléré. Quant à l’arbre d’ornement, il subit en ville un maximum de contraintes. Il est souvent transplanté dans une terre trop différente de sa motte d’origine pour pouvoir bien s’enraciner, d’autant que les canalisations et les réseaux divers gênent l’extension de ses racines dans un sol le plus souvent imperméabilisé. Le microclimat urbain (violents courants d’air guidés par les rues, émanations polluantes, éclairage qui perturbe la photosynthèse) et le balayage qui élimine la litière de feuilles mortes contribuent à le fragiliser. Le plus dangereux reste la taille d’ornementation ou de sécurité, surtout si elle est accompagnée d’une réduction des racines pour compenser la perte d’une partie du feuillage. Elle modifie l’organisation biologique de l’arbre, repérable par le développement d’un branchage irrégulier qui aboutira à la mort prématurée du végétal, également facilitée par l’usage d’outils contaminés par des bactéries ou des champignons.
Expert en arboriculture ornementale, Robert Bigel a appuyé sa démonstration sur des exemples pris le plus souvent dans notre région, et a illustré son propos de graphiques et de photos. Son exposé a été suivi d’un long échange, avec un auditoire très concerné, sur le choix d’abattre ou de traiter les arbres en cas d’attaque par des parasites.

Samedi 12 mars, conférence de M. Richard David : Histoire et splendeur du mobilier provençal.

Le mobilier provençal ne se résume pas à ses sources arlésienne ou nîmoise, et n’apparaît pas avec la crédence « régence » qui en est le modèle le plus connu. L’art de la Provence, terre de rencontres, est le résultat d’influences multiples. Les premiers inventaires de châteaux, au XIIIe siècle, mentionnent des lits « à l’espagnole » faits d’un sommier de cordes tendues sur un cadre de bois, probablement venus avec la dynastie des comtes catalans. La dynastie suivante, qui fera des comtes de Provence les rois de Sicile et de Jérusalem, introduira les influences italienne et orientale : l’arabesque et la palme sont des motifs fréquents. Le fer forgé est introduit dans le mobilier au XIVe siècle, quand, pour offrir les clefs de la ville de Marseille à la reine Jeanne, des ferronniers, venus de toutes parts, se seraient installés en Provence.
Sous le règne de Louis XIV, le développement des arsenaux de Marseille et Toulon où sont construits des vaisseaux ornés, favorise l’essor de la sculpture sur meubles. Elle subit l’influence de Pierre Puget, dont on retrouve en particulier les mascarons et les atlantes. Par le port de Marseille arrivent des produits exotiques, et cela explique l’antériorité provençale de la marquèterie d’écaille, par rapport à l‘atelier parisien de Boulle. Mais les bois locaux sont également utilisés : le noyer venu de Haute Provence principalement, mais aussi le cade, l’olivier, le platane en décor.
La forme des meubles suit l’évolution générale, du coffre médiéval au buffet-dressoir qui apparaît au XVe siècle et aboutit à la crédence, du bahut à glissants qu’on attribue souvent au pays arlésien alors qu’il est originaire de la Drôme provençale, jusqu’à la commode et à l’armoire. Ces meubles se déclinent dans des styles auxquels on a donné le nom des rois, d’Henri II à Louis XVI, dans une chronologie qui suit très approximativement les dates de règne. Les plus connus, mais non les seuls, correspondent à l’époque Régence et Louis XV : La commode galbée ou en arbalète, aux moulures sculptées en « élégie », à trois puis deux tiroirs pour l’alléger en la posant sur des pieds plus hauts et
une grande traverse ajourée ; l’armoire de mariée, aux grands entourages de serrures et aux longs fers de charnières en fer forgé, qui s’orne de bouquets, de rinceaux, de rubans, de gerbes, symboles de fécondité ; le pétrin d’apparat ou la panetière qui évoluent dans un style décoratif et non fonctionnel ; le « radassier », sofa au dossier de bois
ajouré et à l’assise de paille. Mais ils n’imitent pas un modèle unique : pour chacun de ces meubles, on peut
distinguer un style arlésien au riche décor sculpté, un style contadin plus sobre, ou encore les « meubles de
Fourques », tout en moulurations mais sans aucune sculpture.

Samedi 23 avril, sortie botanique : les jardins Thuret à Antibes et l’Argelière à La Gaude.

Comme le baron Lycklama, Gustave Thuret (1810-1875) est un notable néerlandais que des voyages ont conduit en Orient avant son installation sur la Côte d’Azur. Diplomate, il abandonne la carrière, s’oriente vers la botanique et achète un vaste domaine au cap d’Antibes, où il crée un jardin exotique à partir d’espèces venues du Jardin des Plantes de Paris. Le jardin d’Antibes en devient en quelque sorte une annexe quand Gustave Thuret entre en réseau avec d‘autres botanistes. À sa mort, l’État se porte acquéreur du domaine.
Depuis 1947, l’INRA y poursuit son travail d’acclimatation et de recherche. Malgré sa grande variété végétale, il ne s’agit pas d’un jardin d’agrément. L’intervention de l’homme y est réduite au minimum : taille des arbres pour la sécurité seulement, fauchage des herbes le plus tardif possible.
Une visite de découverte nous est proposée, sur le thème du comportement envahissant de certaines espèces exotiques. Leur mode de reproduction et de propagation, leur rapidité de développement, leur capacité d’adaptation au climat et au sol, leur comportement vis à vis des espèces locales et l’ancienneté de leur introduction sont évalués grâce à une fiche documentaire complétée par chacun sur un parcours balisé à travers le jardin. Le résultat a surpris plus d’un d’entre nous : le bambou qui se développe seulement par ses rhizomes est très peu invasif, le pittosporum l’est beaucoup plus, mais moins toutefois que les espèces connues de tous pour leur caractère envahissant, comme le mimosa, l’herbe de la Pampa ou l’ambroisie à feuilles d’armoise.
Le jardin de l’Argelière, visité l’après-midi, est installé sur les hauteurs de la Gaude, dans un terrain pentu entouré de chênes et de pins d’Alep. En 1983, Liliane et Antoine Offerhaus aménagent dans cet environnement méditerranéen un véritable jardin à l’anglaise. Les anciennes terrasses, remises en état, conservent la végétation locale, bruyères, pistachiers, lentisques, térébinthes, arbres de Judée, qui cohabitent désormais avec des espèces venues d’ailleurs.
Une restanque est consacrée aux rosiers, rosiers de Chine ou obtenus par Nabonnand, dynastie de rosiéristes de la Côte d’Azur. En descendant vers le vallon, deux petits bassins naturels, peuplés de plantes aquatiques, hébergent batraciens et insectes, dont de nombreuses libellules. Ici, certaines plantes qu’on qualifierait ailleurs de « mauvaises herbes » sont soigneusement préservées, car elles sont nécessaires à l’installation des papillons. Aucun engrais chimique ou autre produit de synthèse ne vient modifier un équilibre recherché entre parasites et prédateurs.
Notre visite, trop brève car interrompue par un violent orage, a donné à beaucoup l’envie de revenir dans ce jardin remarquable et caché.

Samedi 28 mai, la collégiale de Saint-Maximin, le musée de la Glace et la glacière de Pivaut.

La façade inachevée de la collégiale Au XVIIe siècle, l’église est richement ornée de boiseries et de stucs dus à des artistes appartenant à la famille des faïenciers de Moustiers, les Olérys, alors installés à Marseille. Une urne de porphyre rouge dominant le maitre-autel recueille alors les reliques de la Sainte, dont la translation s’opère en présence de Louis XIV. De nombreuses tableaux enrichissent déjà le sanctuaire, parmi lesquels le retable de la Passion, d’Antoine Rontzen, inspiré à la fois de l’art hollandais et vénitien (vers 1520).
Plus grande église gothique de Provence et troisième tombeau de la chrétienté par son rayonnement religieux car elle abrite les reliques de sainte Marie-Madeleine, la collégiale de Saint-Maximin, qualifiée parfois de basilique, n’a jamais été consacrée par le Pape. Il reste à peine de l’édifice originel quelques traces du bâtiment constantinien et de son baptistère octogonal. Au VIIIe siècle, le corps de la Sainte est caché dans un sarcophage de la crypte, alors un simple oratoire. Sur celui-ci, après l’authentification des reliques en 1295, Charles II d’Anjou fera construire la collégiale. Le bâtiment, inspiré de la Sainte-Chapelle et entrepris par un architecte angevin, ne sera jamais terminé. À l’intérieur, une fresque assez simple, cachée aujourd’hui par le grand orgue, témoigne du décor originel.
Au XVIIe siècle, l’église est richement ornée de boiseries et de stucs dus à des artistes appartenant à la famille des faïenciers de Moustiers, les Olérys, alors installés à Marseille. Une urne de porphyre rouge dominant le maitre-autel recueille alors les reliques de la Sainte, dont la translation s’opère en présence de Louis XIV. De nombreuses tableaux enrichissent déjà le sanctuaire, parmi lesquels le retable de la Passion, d’Antoine Rontzen, inspiré à la fois de l’art hollandais et vénitien (vers 1520).
La sacristie conserve la chape de saint Louis d’Anjou, qui ne la porta guère jusqu’à son décès en 1297 : « pauvre parmi les pauvres », ce petit-neveu du roi Louis IX avait renoncé à ses droits sur la Provence et accepté avec réticence la dignité épiscopale, pour entrer dans l’ordre des Franciscains.
L’ouvrage, brodé de soie et d’or, se présente comme un rosaire : les mystères joyeux à gauche, douloureux au centre, glorieux à droite. Sa confection, étalée sur plusieurs années, montre une évolution du style ornemental : dans la partie gauche, la plus ancienne, des personnages aux attitudes hiératiques (mais leurs regards qui se croisent semblent annoncer l’art de Giotto) ; à droite, des corps en mouvement, dans l’esprit gothique.
On doit à Lucien Bonaparte, alors chargé de l’intendance aux armées dans les départements provençaux, la préservation du précieux mobilier de la collégiale de Saint-Maximin.
La visite du musée de la Glace et de la glacière de Pivaut à Mazaugues, nous permet d’aborder un autre thème.
Autrefois, la conservation des aliments étant produite par salaison, la glace servait seulement à rafraîchir les boissons, ce qui limitait le plus souvent son usage à des personnes fortunées. Son commerce, affermé à des particuliers ou des communautés d’habitants et réglementé, jouait un rôle non négligeable dans les relations villes-campagnes. De nombreuses glacières ont été construites dans et autour du massif de la Sainte-Baume. Celle de Pivaut mesure 25 mètres de haut, dont la moitié enterrée.
La glace, découpée à la scie et basculée dans le réservoir, était rangée et compactée par d’autres ouvriers. En été, il fallait la découper, la tasser en « pains » dans des moules, la charger sur des charrettes, recouverte d’étoffes, de paille, de fougères ou de feuillage, et l’acheminer de nuit vers Toulon et Marseille. Au XIXe siècle, l’industrie frigorifique supprime cette activité rurale au profit d’usines, que l’usage de réfrigérateurs domestiques fera disparaître ensuite.
Les murs, de 2,50 mètres d’épaisseur, sont construits en blocs de calcaire et de grès soigneusement ajustés au mortier de chaux. Un mur écran enveloppe la partie hors-sol du bâtiment. Le vide entre les deux murs est rempli de terre argileuse. Les ouvertures sont équipées de triples portes. Un sol en caillebotis de grosses poutres permet l’évacuation des eaux de fusion.
Entre décembre et mars, grâce à la participation de trente à cent paysans, la glacière était alimentée depuis des bassins de congélation, prairies divisées en casiers par des diguettes et recouvertes d’eau.
La glace, découpée à la scie et basculée dans le réservoir, était rangée et compactée par d’autres ouvriers. En été, il fallait la découper, la tasser en « pains » dans des moules, la charger sur des charrettes, recouverte d’étoffes, de paille, de fougères ou de feuillage, et l’acheminer de nuit vers Toulon et Marseille. Au XIXe siècle, l’industrie frigorifique supprime cette activité rurale au profit d’usines, que l’usage de réfrigérateurs domestiques fera disparaître ensuite.

Samedi 25 juin, le village médiéval des Arcs et le puits aérien de Trans-en Provence.

Le village des Arcs, auquel est attachée la légende de sainte Roseline, porte sur son blason un faisceau de flèches, mais son nom, Arcos, Arcubus, désigne les arches d’un pont. Il apparaît pour la première fois en 1010, dans le cartulaire de Saint-Victor. La seigneurie des Arcs appartient au début du XIIIe siècle à la famille de Villeneuve, qui y fait construire un château (détruit pendant la Révolution, sauf le donjon), une église, et enserre le village dans une triple enceinte.
Il s’étend hors les murs au XVIIe siècle, époque de la réalisation de son campanile, et prend l’aspect de beaucoup de bourgs provençaux, avec son « cours » et sa place ombragée. En 1850, une nouvelle église paroissiale est construite dans la ville basse. Elle abrite un retable de Ludovic Bréa, daté de 1501, qui étonne par son agencement encore gothique, mais dont les personnages n’ont plus l’aspect hiératique de la peinture médiévale.
Le puits aérien de Trans, visité l’après-midi, est une réalisation expérimentale d’Achille Knapen, qui cherchait à recueillir par condensation l’humidité atmosphérique à la saison froide. Ce bâtiment est composé d’une enveloppe de pierres et mortier, ajourée en « nid d’abeilles » et surmontée d’une coupole, entourant un cœur en grenaille de porphyre ventilé par des ailettes d’ardoise et percé de tubes poreux qui remontent vers le puits intérieur. Construit en 1931, dans une région où les brouillards hivernaux ne sont pas abondants, le puits aérien ne donna pas de résultats probants, mais d’autres expériences menées récemment sur les côtes chiliennes ont été plus concluantes.

Samedi 9 juillet, sortie à Roubion : la chapelle Saint-Sébastien, le site archéologique de la Tournerie.

Signalée en 1513, chapelle-porche à l’origine fermée ensuite, la chapelle Saint-Sébastien est placée à l’entrée du village, comme toutes celles dédiées aux saints antipesteux, et décorée entièrement de fresques dont l’auteur est sans doute un peintre provençal itinérant. Le décor est tout à fait comparable à celui de la chapelle Saint-Bernard de Roure, toute proche, réalisé à la même époque mais dû à Andrea della Cella : la vie du saint est représentée dans le registre supérieur, ici en douze scènes accompagnées d’une légende en ancien provençal, tandis que le bas des murs est occupé par une frise des vices et des vertus.
Un télésiège est nécessaire pour se rendre à la Tournerie, à 1816 m d’altitude, où M. Franck Suméra, conservateur en chef de la DRAC, nous accueille sur un site monumental du premier âge du fer, caractérisé par un réseau d’enceintes concentriques délimitant une plateforme de 450 m2 environ, avec des vestiges humains, animaliers, culinaires, des stèles, des armes, ainsi qu’un trésor monétaire découvert il y a deux ans : « Nous avons trouvé 41 pièces de bronze de 10 à 13 grammes chacune. L’une d’entre elles, portant pour effigie la tête d’Athéna, permet de dater l’ensemble après l’époque de la Seconde Guerre punique, c’est-à-dire entre 215 et 200 ans avant notre ère. Il n’y avait jusqu’alors que trois trésors monétaires d’une telle ampleur, découverts dans notre région depuis le XIXe siècle, vers Marseille et Montpellier. Alors qu’on imaginait la région plutôt tournée à l’époque vers l’Italie ou les Alpes, il semblerait que les Gaulois du Mercantour entretenaient des relations commerciales avec leurs voisins phocéens ». Alors que la communauté scientifique liait les vestiges de l’âge du Fer dans les Alpes du Sud à des activités pastorales, les objets trouvés à la Tournerie laissent à penser que le site avait une vocation cultuelle. « Cela change notre vision de l’histoire du Mercantour il y a 2300 ans ». La campagne de fouilles de 2016, sans avoir apporté une moisson aussi riche que la précédente, a permis de récolter un bijou représentant un canidé, vraisemblablement un loup.

Samedi 1er octobre, sortie à Marseille sous la conduite de M. Richard David

La visite commence le matin par la crypte de la basilique Saint-Victor, fondée au début du Ve siècle par Jean Cassien dans une ancienne carrière hellénistique puis romaine qui devint tout d’abord une nécropole pour les martyrs marseillais. L’église médiévale, reconstruite au-dessus de la crypte, et la tour d’Isarn sont consacrées en 1040. C’est alors l’apogée de l’abbaye, qui se détache de l’autorité de l’évêque et des vicomtes de Marseille, pour ne relever que du Pape, et fait reconnaître ses droits sur de nombreuses possessions par la rédaction d’un cartulaire.
Suivent deux siècles de décadence : la discipline monastique se relâche, Saint-Victor devient un enjeu dans les luttes politiques qui agitent la ville et la Provence toute entière. Le monastère se relève à partir de 1362, lorsque Guillaume de Grimoard, abbé de Saint-Victor, est élu Pape sous le nom d’Urbain V. Les bâtiments sont agrandis et prennent un aspect défensif, mais le répit est de courte durée. Une longue période de déclin aboutit à la sécularisation de l’abbaye peu de temps avant la Révolution.
Nous partons ensuite au Centre de la Vieille Charité, que la ville de Marseille décide de construire en 1640 pour y accueillir les gueux, suite à l’édit royal sur l’enfermement des pauvres et des mendiants. Les bâtiments entourent une chapelle surmontée d’une coupole elliptique élevée en 1670 (ci-contre), chef d’œuvre de Pierre Puget, architecte du roi mais aussi peintre, sculpteur, urbaniste …et enfant du quartier.
La construction du Palais Longchamp (ci-dessous) résulte d’une autre préoccupation : depuis le XVIe siècle, on envisage d’alimenter Marseille en eau de la Durance. Au XIXe siècle le problème de l’eau devient une obsession pour la municipalité. Le chantier commence en 1839.
Henri Espérandieu, l’architecte de Notre-Dame de la Garde, est choisi en 1839 pour élever un château d’eau monumental, le plus remarquable des édifices construits à Marseille sous le Second Empire. Le célèbre sculpteur animalier Antoine Barye réalise les lions et les tigres de l’entrée ; la fontaine de la colonnade est l’œuvre de Jules Cavelier. Installé dans l’aile gauche du Palais, rénové et rouvert en 2013, le musée des Beaux-Arts est le plus ancien des musées marseillais et un des premiers musées nationaux, puisque créé en 1801.
Il abrite les collections permanentes des XVIIe et XVIIIe siècles (ci-contre, Pierre Puget, La Sainte Famille au palmier), ainsi qu’une exposition temporaire sur l’histoire de Marseille au XVIIIe siècle, alors le plus dynamique des ports français, son académie de peinture et de sculpture (1753-1793), ses manufactures de faïences, d’étoffes de soie, et des toiles entre peinture et papier peint : le Cycle de l’histoire de Tobie (1733-1738) de Pierre Parrocel, provenant du château Borély, que nous avons visité l’an dernier.

Samedi 29 octobre, visite à Notre-Dame de Valcluse, sous la conduite de M. Claude Marro

Située aux confins d’un territoire, au bord de l’eau, en un lieu isolé où la nature est prégnante, Notre-Dame de Valcluse possède bien les caractères d’un sanctuaire de romérage, nom qu’on donne aux pèlerinages locaux en Provence. Elle est mentionnée dès 1154, comme prieuré de l’ordre de Saint-Ruf. Trois chapelles se sont succédé sur le site. La première, édifiée dans une grotte où coule un filet d’eau réputé miraculeux, était dédiée à saint Aïgous, le « saint de l’eau », confondu avec le saint lérinien Aigulf. Il a pu prendre la suite d’un culte antique. La superstition et les abus qui s’y commettaient ont conduit à sa fermeture par les évêques de Grasse au XVIIe siècle.
Le sanctuaire fait, depuis lors, l’objet d’une grande dévotion de la part des populations locales, et particulièrement des Grassois : des processions, manifestations collectives à date fixe, mais aussi des pèlerinages individuels, attestés par les nombreux ex-voto aujourd’hui rassemblés dans un petit musée attenant.
Notre-Dame de Valcluse, vendue comme bien national pendant la Révolution et rachetée par une association de fidèles qui l’a rendue au culte dès 1803, a vu son apogée lors du couronnement de la statue de la Vierge qui orne son sanctuaire, en 1953. Elle est aujourd’hui le centre d’une communauté de prière, animée par la congrégation des Béatitudes.

Samedi 16 novembre, conférence de M. Christophe Roustan-Delatour : L’architecture de bois en Himalaya occidental, un héritage millénaire.

Situé au carrefour de l’Asie centrale, du Tibet et du sous-continent indien, s’étendant sur près de 1000 km, des sources du Gange jusqu’aux vallées reculées du Nuristan, l’Himalaya occidental est depuis toujours une région de passage et d’échanges, perméable aux influences extérieures.
Le relief a toutefois joué un rôle tampon, favorisant ainsi la préservation de pratiques et de croyances locales. L’architecture vernaculaire de moyenne montagne reflète cette dichotomie. Elle offre à la fois une forte diversité stylistique, des éléments décoratifs communs à toutes les zones montagneuses de l’Eurasie et une remarquable unité technique.
De part et d’autre des frontières qui séparent aujourd’hui l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde, les mêmes principes de construction – l’emploi du bois et de la pierre en assises alternées, sans mortier – s’appliquent aux maisons et aux édifices religieux, mosquées sunnites ou soufies, temples hindouistes ou bouddhistes, s’adaptant aux différences confessionnelles.
Omniprésent, cet héritage unique dont les origines remontent peut-être aux débuts de l’ère chrétienne est aujourd’hui menacé par le désintérêt des pouvoirs publics et les contrecoups du développement (le coût élevé de la
construction traditionnelle, l’engouement pour les matériaux « modernes » rendus plus accessibles par le développement des transports). Or l’enjeu n’est pas seulement patrimonial : l’architecture traditionnelle structure l’espace communautaire, exprime les valeurs et l’organisation d’une société, son identité, son rapport au sacré et au monde qui l’entoure.

Samedi 17 décembre, conférence de M. Richard David : L’art populaire en France.

Si l’art dit populaire existe depuis que l’homme a voulu embellir les premiers objets usuels, cette appellation n’apparaît qu’au XVIIIe siècle. Elle est difficile à définir, si ce n’est par opposition : un art du populaire par rapport à celui des classes dirigeantes ? Il concerne toutes les
classes sociales. Un art accessible à tous par rapport à un art savant ?
La limite entre les deux est malaisée à établir. C’est une expression artistique autodidacte ou encore un savoir-faire transmis par les anciens, qui se manifeste en fonction des besoins de la vie domestique, pastorale, agricole ou artisanale, sans véritable notion de règle artistique, et s’oppose en cela à l’art académique.
Est-ce pour autant un art sans artiste, pratiqué par des non-professionnels, même s’ils ont « du métier » ? Où placer alors le chef-d’œuvre de compagnonnage ? Entre l’artiste et l’artisan, termes qui proviennent de la même racine, la distinction est difficile à faire, au point qu’on utilise parfois aujourd’hui l’expression redondante « artisand’art ».
Les créateurs d’art populaire transforment ou créent les objets selon leurs besoins et selon leur inspiration découlant souvent de leur environnement. Toutefois la volonté artistique prime souvent sur la notion usuelle. La matière composant ces objets, bois, cuir, corne, métal, verre, terre cuite, est issue du terroir dont ils sont originaires. Le décor, géométrique, floral, animal ou anthropomorphique, s’applique en premier lieu aux outils et aux objets domestiques, mais aussi aux cadeaux de mariage et à l’enseigne.
Il existe également un art religieux populaire, celui des ex-voto, dont le caractère naïf a inspiré des peintres reconnus, comme le Douanier Rousseau.
Il a fallu attendre 1936 pour qu’apparaisse le premier musée des Arts et Traditions populaires, tant les objets qui y sont conservés étaient peu considérés. Ils sont pourtant une manifestation de l’intelligence, comme la plupart des facteurs intellectuels : la connaissance, l’ingéniosité, l’imagination ou encore la constance. Mais au-delà, on décèle surtout la permanence nécessaire d’un tout autre facteur dont l’importance s’accroit en pénétrant ce domaine, c’est tout simplement l’amour du travail bien fait, car ces objets tout comme les pierres, parlent à ceux qui savent les entendre.