Activités 2011

Activités 2011

Conférences

Fév. 2011 :  Description de la Provence de Claude Achard (M-H. Froeschlé-Chopard)

Samedi 5 février, Marie-Hélène Froeschlé-Chopard : la Description de la Provence de Claude Achard.

Claude-François Achard, médecin, philanthrope, secrétaire de l’Académie de Marseille, publie en 1787-1788 une Description historique, géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comté-Venaissin, de la principauté d’Orange, du comté de Nice &c. Cette œuvre encyclopédique est un dictionnaire qui, pour chaque lieu classé par ordre alphabétique, donne des indications sur l’administration, l’économie, la géographie, l’histoire, les mœurs, usages et coutumes des habitants. Bien qu’inachevé (il s’arrête à l’article « Velaux »), l’ouvrage reste une référence. Fidèle à l’esprit encyclopédique de son temps, Achard y a résumé toutes les connaissances de l’époque. Bibliographe érudit, il ajoute à la documentation préexistante des renseignements nouveaux, fournis par des correspondants locaux. L’image de la Provence qui en ressort reste unique, car le regard ethnographique que portent les notices de l’ouvrage n’a guère d’équivalent avant le siècle des Lumières, ni même après. Elles ont servi à plusieurs reprises de sources à des travaux d’anthropologie ou d’histoire des mentalités.

Marie-Hélène Froeschlé-Chopard, directeur de recherches honoraire au CNRS, a publié récemment les notices de la Description qui concernent la Provence orientale, augmentées de celles restées inédites. Sa conférence s’appuie sur ces exemples, en faisant la part belle aux fêtes religieuses, un de ses principaux sujets d’étude.

Mars 2011 : Le « lieu inhabité » de Canaux (C. Marro)

Samedi 20 mars, Claude Marro : le « lieu inhabité » de Canaux.

Canaux est appelé « lieu inhabité » dans les documents de l’époque moderne, ce qui ne signifie pas qu’il est totalement dépeuplé, mais que sa population ne forme plus une communauté d’habitants ou une paroisse. Le castrum de Canaux, mentionné en 1158, abrite une dizaine de foyers en 1252, autant en 1333. Le dépeuplement du lieu est attesté à la fin du XIVe siècle, mais des documents jusqu’ici inexploités démontrent qu’il n’a jamais été entièrement déserté. Mieux, un acte d’habitation passé en 1556 y installe cinquante-trois familles, venues du Bar pour la plupart, qui élisent des représentants. Mais la période – les guerres de Religion – et l’obligation de solidarité des habitants devant les charges fiscales, découragent les nouveaux arrivants. Deux générations plus tard le lieu n’est plus occupé, si ce n’est par des exploitants saisonniers, à l’exception de quatre fermes. La Révolution rattachera Canaux à la commune d’Andon, bien que les deux localités ne soient unies ni par la géographie, ni par l’histoire (voir Annales de la SSL t.LVI, année 2011).

Nov. 2011 : journée d’étude : Autour de Notre-Dame de Vie, à Mougins

Samedi 26 novembre, journée d’étude : Autour de Notre-Dame de Vie, à Mougins

Frédéric Gayet (CNRS, CEPAM-UMR 6130) : Épigraphie et onomastique mouginoises dans le contexte des Alpes Maritimes antiques

Les inscriptions des stèles funéraires provenant de Mougins et déposées dans la chapelle Notre-Dame de Vie ou dans les réserves des musées régionaux ont été publiées, parfois depuis longtemps, mais une étude onomastique restait à faire. Elle a permis d’affiner la datation de ces documents épigraphiques et de préciser l’origine des dédicants et des dédicataires, pour décrire le peuplement mouginois à l’intérieur de la civitas antipolitana.

Marc Boriosi, Catherine et Jean-Claude Poteur (association Castrum Alpes-Maritimes, chercheurs associés au CEPAM) : Les églises médiévales de Mougins : architecture, fonctions, insertion dans le territoire

L’étude de la chapelle Saint-Martin et de l’église Saint-Jacques-le-Majeur, s’appuyant sur l’analyse des textes anciens et du terrain, permet de reconstituer l’histoire du territoire mouginois, avant et pendant l’époque féodale. Le relevé archéologique très précis du clocher-tour  de Notre-Dame de Vie remet en question sa datation, le premier tiers du XIe siècle et non le XIIIe, ce qui en ferait un des plus anciens des Alpes-Maritimes. La trace de taille romaine sur des pierres en réemploi  à la base de l’ouvrage ouvre d’autres perspectives.

Marie-Hélène Froeschlé-Chopard (directeur de recherches honoraire au CNRS) : Notre-Dame de Vie, haut lieu du pays Grassois à l’époque moderne

Notre-Dame de Villevieille, au terroir de Mougins, est à la fois une chapelle de romérage, pèlerinage local  où se célèbre à date fixe une procession de reliques particulièrement vénérées – ici celles de sainte Innocence, patronne du village  –  et un sanctuaire à répit : on vient de très loin y apporter des enfants mort-nés, qui retrouveront vie le temps d’être baptisés et ainsi n’erreront pas éternellement dans les limbes, selon les croyances de l’époque. La chapelle prend alors le nom de Notre-Dame de Vie et le conservera après l’interdiction du répit par l’évêque de Grasse en 1730. Le sanctuaire restera jusqu’à la fin du XVIIIe siècle un des plus fréquenté de Provence orientale.

Luc Thévenon (conservateur en chef honoraire du patrimoine) : L’ex-voto de Notre-Dame de Vie et ceux des pénitents grassois

En 1755, les pénitents blancs de Grasse déposent à Notre-Dame de Vie un ex-voto représentant leur procession vers le lieu saint, dans un mouvement ascensionnel qui symbolise les prières adressées à la Vierge, apparaissant nimbée de nuages, debout sur un croissant de lune. L’ex-voto, individuel ou collectif, offert en exemple à la dévotion publique, témoigne de l’intervention particulière de la puissance divine. Par l’ex-voto, la confrérie de pénitents affirme son importance. Il est aussi un document d’un intérêt ethnographique incontestable par la représentation de  l’ordre de la procession, des costumes, des objets processionnels, des lieux de dévotion, parfois disparus, dans leur aspect originel.

Gilles Sinicropi (docteur en Histoire) : Notre-Dame de Valcluse, inventaire des sources et perspectives de recherche

Bien que situé sur le territoire d’Auribeau, le sanctuaire de Valcluse est le plus important lieu de dévotion des Grassois. Il a été l’objet d’études et de publications depuis plus d’un siècle, mais certaines, parmi les plus anciennes, sont plus proches de l’hagiographie que de l’histoire. Le dépouillement de documents inexploités permet de préciser et compléter la chronologie du sanctuaire et de ses manifestations religieuses, d’en restituer plus exactement les ex-voto en partie détruits. Une enquête orale en cours recueillera les témoignages d’une dévotion encore vivace aujourd’hui.

Claude Marro (Société scientifique et littéraire de Cannes) : Romérages et pèlerinages en Provence orientale à l’époque contemporaine

La Révolution a bouleversé le déroulement des fêtes religieuses, moins par la confiscation ou la fermeture des lieux de culte, de courte durée, que par l’exil d’une partie du clergé. Il est trop peu nombreux à la Restauration pour s’opposer aux manifestations de piété populaire qu’il combattait sous l’Ancien Régime. Le caractère profane de la fête patronale s’accentue donc au XIXe siècle, tandis que les besoins spirituels de la population la détournent des sanctuaires traditionnels de pèlerinage, au profit de nouveaux ou de plus lointains, issus de la sensibilité ultramontaine qui se développe dans le dernier tiers du siècle.
(Les actes de la journée d’étude constituent le tome LVII de nos Annales).

 

Samedi 10 décembre, Jean-Claude d’Antoni-Nobécourt (conseiller scientifique de la Fédération française de Spéléologie) : la vie cavernicole des Alpes-Maritimes et d’ailleurs

Loin d’être un désert biologique, le monde souterrain est une niche écologique encore mal connue, que la science antique et médiévale peuplait d’êtres mythiques. Il faut attendre le XVIIe siècle pour que les premiers amphibiens troglodytes soient étudiés, et près de deux siècles encore pour élaborer une première ébauche de classification des espèces vivant dans ce milieu, sans cesse modifiée et complétée. Si les chauves-souris appartiennent à l’espèce troglophile la plus connue, les coléoptères représentent le plus grand nombre des troglobies, caractérisés souvent mais pas exclusivement par la dépigmentation et l’anophtalmie. L’absence totale de lumière empêchant la photosynthèse, la végétation ne peut se développer, mais des champignons, des moisissures et des colonies de bactéries parfois calcifiées s’installent, formant le premier maillon d’une courte chaine alimentaire.
M. Nobécourt, participant au programme de l’Inventaire de la biodiversité, a pu nous présenter un panorama très complet des ses recherches, abordant la biologie comme l’histoire des sciences, à partir d’exemples pris dans les régions calcaires du parc du Mercantour mais aussi dans d’autres régions du monde.

Sorties culturelles

Samedi 22 janvier : Antibes, place forte

La visite commence par le Fort Carré, réalisé par  Henri de Mandon de Saint-Rémy entre 1565 et 1578. Il est entouré d’une enceinte bastionnée, au plan en étoile, une tour ronde bâtie trente ans plus tôt sous le règne d’Henri II, comme celle qui lui faisait face sur l’îlot de Saint-Jacques, à l’emplacement des anciens chantiers navals. Vauban, un siècle plus tard, n’interviendra pas sur le bâtiment mais aménagera deux demi-bastions sur les abords. Son projet, relier la ville au fort par une ceinture fortifiée, ne sera pas réalisé car trop onéreux.

Le Fort Carré, à Antibes

La cité médiévale, très en retrait par rapport à la ville romaine, a gardé une partie de ses murailles du côté de la mer. Elles seront réaménagées au cours des siècles, sur un tracé à peine rectifié. Du côté de la terre, le rempart correspond à la rangée de bâtiments qui borde aujourd’hui le cours Masséna.

La dédition de Nice à la Savoie en 1388 rapproche Antibes de la frontière, le rattachement de la Provence à la France en 1481 lui donne un rôle stratégique considérable, qui se vérifiera lors des guerres des XVIe et XVIIe siècles. La ville, qui déborde largement de l’enceinte médiévale et doit assurer sa propre défense, est mal protégée par des murailles discontinues et vulnérables à l’artillerie, faisant place par endroits à de simples palissades. Henri IV, en faisant d’Antibes une ville royale par achat de la seigneurie, transfère sa défense à l’État, mais les nouvelles fortifications sont réalisées lentement. Elles seront reprises et complétées sous le règne de Louis XIV, d’après les plans de Vauban. Les travaux s’échelonneront sur près de  trente ans. Les anciennes murailles sont rabattues, doublées d’un massif de terre et protégées par un fossé dont les remblais servent à établir un glacis. Des ouvrages avancés, demi-lunes, cavaliers, bastions, protègent l’ensemble, deux portes fortifiées permettent d’accéder à la cité, le front de mer est réaménagé. Ainsi protégée, la ville, qui avait été prise et mise à sac par les troupes de Charles-Quint en 1536,  puis par les soldats du duc de Savoie en 1592 lors des guerres de la Ligue, résiste au siège des Austro-Sardes en 1707, 1746, 1815.

Le rattachement de Nice à la France en 1860 fait perdre à Antibes son intérêt stratégique. La ville étouffe dans ses remparts. Ils sont démolis, côté terre, à la fin du siècle. Le comblement des fossés permet d’établir de vastes terre-pleins en surplomb de la vieille ville et de construire de nouveaux quartiers (autour de la place de Gaulle). Entre la gare et le port, Antibes prend dès lors son aspect actuel.

Samedi 9 avril : promenade littéraire de Cannes à Mandelieu

L’itinéraire tracé voilà plus d’un siècle par Stéphen Liégeard nous conduit d’abord à la chapelle Saint-Cassien, pour la lecture d’un premier texte qui décrit, dans un style chantourné bien reconnaissable, la colline d’Arluc, la chapelle et son ermitage au bout de  l’allée de cyprès. Avant de relater le pittoresque romérage qui s’y déroule tous les ans, l’écrivain reprend à son compte l’étymologie hasardeuse donnée par l’historien cannois Mgr Guigou, son contemporain, qui ferait d’Arluc  ara luci,  l’autel du bois sacré. La promenade se poursuit par le bord de mer jusqu’aux rives la Siagne. C’est l’occasion de constater la justesse de vue de l’auteur de La Côte d’Azur : de la superbe pinède qui s’étendait depuis la sortie de Cannes et dont il dénonçait le risque de disparition devant la fièvre bâtisseuse, il ne reste que les pins parasols qui ombragent le golf.

Nous poursuivons jusqu’à la colline de San-Peyre, à Mandelieu, où les ruines d’une chapelle et d’une tour servirent de cadre à une nouvelle de Maupassant, sombre histoire d’inceste. Mais les blocs de rhyolithe et de serpentine des murs entourés de buissons ne parviennent pas à cacher  la ville  bâtie en continu qui s’étend tout autour. L’ermite de San-Peyre aurait du mal aujourd’hui  à y trouver la solitude pour oublier la découverte de son horrible drame. Mais à l’époque, selon Stéphen Liégeard, La Napoule n’est qu’une « agglomération de masures qui ne peut devoir qu’à son château-fort l’honneur de dénommer tout le golfe ». C’est avec cet auteur que nous achevons notre promenade, sur une description dudit château et du paysage littoral, vu depuis le « rocher des pendus »  qui domine la mer et marque la limite avec Théoule, à peine un hameau « avec son petit port naturel interdit au mistral, sa source d’eau limpide et ses quatre maisons ».

L’intérêt de ces textes présentés in situ était mis en valeur par l’art de notre lectrice, madame Françoise Cingall.

Samedi 21 mai : Entrevaux, Glandèves, Castellet-Saint-Cassien

Glandèves

Contrairement à la sortie de janvier, cette excursion n’a pas pour but d’étudier le rôle de place forte d’Entrevaux, « clef de Provence » (nous ne visiterons pas la citadelle), mais à travers la visite de quelques bâtiments, s’intéresse à la famille de Glandevès, une des plus importantes de la Provence alpine. Elle forme avec les Thorame, les Castellane, les Féraud, une branche de cette lignée de guerriers franco-bourguignons venue avant l’an mil  dans l’entourage de Guillaume le Libérateur, et qui étend sa domination sur les hautes vallées du Var, du Verdon et  de la Tinée. Comme les princes d’Antibes ou de Callian,  aux origines identiques, les Glandevès cherchent à contrôler l’Église, qui peut s’ériger en contre-pouvoir. Plusieurs membres de la famille occupent le siège épiscopal de Glandèves au Moyen Âge. Il ne reste de cette époque que l’abside de la cathédrale médiévale, au quartier de la Sedz (le Siège), sur la rive droite du Var, près du site de l’ancienne cité romaine de Glanate, qui a donné son nom au diocèse (Glandèves), et à la famille (Glandevès).

À la fin du Moyen Âge, le site, difficilement défendable et exposé aux crues du Var, est abandonné au profit d’Entrevaux, sur la rive gauche. Une nouvelle cathédrale est construite au début du XVIIe siècle, dans la ville fortifiée, ainsi qu’un palais épiscopal. Entrevaux, au centre d’un diocèse qui a la particularité de s’étendre sur la France et le royaume de Piémont, est une modeste capitale régionale. Elle attire la noblesse locale qui y fait construire des hôtels particuliers, mais préfère vivre l’été dans les châteaux des environs, comme l’évêque qui se retire alors sur les hauteurs de Glandèves, dans une résidence construite sur les vestiges de l’ancien château seigneurial.

Gypseries

Ce bâtiment composite, à la lecture difficile, où les réalisations de chaque époque se superposent comme autant de strates, prend appui au nord sur une ancienne tour à bossages et repose au sud sur une église à voûte en berceau brisé, aujourd’hui à moitié enterrée et servant de cave. Une petite chapelle, construite au au XVIIIe siècle par un des derniers évêques, est détachée du bâtiment.

Le château de Castellet-Saint-Cassien, à une dizaine de kilomètres d’Entrevaux, a également appartenu à la famille de Glandevès. Sa façade massive, encadrée par deux grosses tours rondes, cache un très riche décor de gypseries qui couvre l’escalier à vis et les cheminées monumentales. Traitées dans un style maniériste, des scènes inspirées des amours  mythologiques laissent deviner la présence d’une société cultivée et libre, inattendue dans ce lieu retiré de Haute-Provence.

Samedi 18 juin : sortie botanique à l’Authion

Flore de l’Authion

Au départ de Lucéram, notre guide, Alain Nissim, nous conduit sur un parcours qui va de la moyenne montagne méditerranéenne à la pelouse alpine. La première station, près de la chapelle Notre-Dame de Bon Cœur, présente une flore d’adret. Au delà de Peira-Cava, la végétation change de caractère. Avant d’atteindre le col de Turini, la route traverse à l’ubac une hêtraie aux fûts  gigantesques mais aux branchages peu étendus. La matinée se termine à Turini, où la flore de sous-bois présente des espèces particulières : au milieu de campanules, de renoncules et de véroniques assez courantes, l’étrange parisette à quatre feuilles ou encore la raiponce noire.
Visité l’après-midi, le circuit de l’Authion présente d’autres paysages végétaux. La forêt fait place à une prairie d’altitude à la remarquable variété florale, dont de nombreux spécimens caractérisés par un aspect duveteux : rien de plus significatif à cet égard que de comparer deux papilionacées, la coronille rencontrée à Lucéram et l’anthyllide de l’Authion (de gauche à droite ci-dessous).

Nous n’avons malheureusement pas trouvé trace de fritillaire près du fort, dernier lieu où cette espèce rare subsiste dans notre région, selon notre guide.

Dimanche 11 septembre : sortie-concert, Barjols, La Verdière

L’eau est omniprésente à Barjols. Elle alimente près de trente fontaines qui rafraichissent les places, et des cascades qui ont valu au bourg le surnom de « petit Tivoli de Provence ». Elle a donné naissance à la falaise de tuf calcaire au pied de laquelle s’est construit le village. Cette « pierre de source » aux tons dorés, percée d’alvéoles, est visible partout sur les murailles et les façades anciennes, des plus modestes maisons à la collégiale, mettant en valeur le décor  de pierre blanche de l’hôtel de Pontevès et l’auditoire de justice comtale qui lui fait face, où se répondent le gothique finissant et l’architecture de la Renaissance.

Barjols

L’abondance de l’eau, la présence de chênes, la proximité des chemins de transhumance, ont permis à Barjols de développer le travail du cuir. Au XIXe siècle, dix-neuf moulins broient l’écorce de chêne utilisée par une trentaine de tanneries. Cette industrie atteint son apogée après la Grande Guerre. Barjols importe alors par le port de Marseille des peaux de bœufs d’Argentine et du québracho, aux propriétés tannantes bien supérieures (une macération d’une semaine suffit, au lieu de plusieurs mois au tan de chêne). À partir de 1950, le tannage aux sels de chrome, plus rapide encore et qui demande un équipement moins important, suscite la concurrence. Les moulins et les usines de Barjols disparaissent. Aujourd’hui, la municipalité tente de faire revivre la friche industrielle, en y implantant des ateliers d’artistes. Barjols garde le souvenir de ce passé ouvrier qui a beaucoup contribué, au milieu d’une Provence « blanche », à l’adhésion enthousiaste à la République de 1848. Sur la place de la Rouguière, une statue commémore la résistance au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Le monument aux morts, une fontaine, représente, se faisant face, les soldats partant à la guerre la fleur au fusil, et ceux qui reviennent, marqués par les combats, illustrant la tradition ouvrière pacifiste du « Var rouge ».

But de notre excursion l’après-midi, le château de la Verdière, un des plus grands de Provence (365 portes et fenêtres), est une lourde bâtisse à deux ailes en équerre, construite sur des fondations médiévales et agrandie à plusieurs reprises  jusqu’au XVIIIe siècle.  C’est de cette époque que date sa délicate décoration intérieure de gypseries dans le goût rocaille, dont la blancheur se détache sur fond vert d’eau, jaune serin ou d’un bleu soutenu.

L’intérieur du château de La Verdière

Les motifs déroulent des courbes et contre-courbes inspirées de la flore, déclinent tout le vocabulaire ornemental antiquisant ou mettent en scène des « chinoiseries » d’un style très délié.

Ils sont organisés en panneaux verticaux ou couvrent les lambris, les trumeaux, les poutres, et forment des frises autour des plafonds. Ce décor très maîtrisé est vraisemblablement l’œuvre de gypiers aixois, avec des influences parisiennes certaines. Abandonné dans un triste état il y a une vingtaine d’années, le château est patiemment restauré par son nouveau propriétaire, M. Champavère.
Faisant suite à une enfilade de pièces reconstituées à l’identique (y compris le buffet qui sert de présentoir à une collection de faïences de Moustiers), la salle de bal décorée de tapisseries retraçant des amours mythologiques, en provenance d’un château voisin, sert de cadre au concert de violes de gambe que nous donnent Manon Dartiguelongue et Rémi Farrugia. Le programme, qui fait la part belle à la musique baroque sans négliger les œuvres contemporaines, a pour thème « les variations ». Celles composées par Marin Marais sur la Folia d’Espagne constituent le temps fort du concert, dont chaque pièce est accompagnée d’explications musicologiques concernant l’œuvre ou l’instrument.

Samedi 22 octobre : Grimaud et la chartreuse de la Verne

La chartreuse de La Verne

À Grimaud, rendez-vous est donné à la chapelle Saint-Roch, construite au XVIIIe siècle, et qui marquait comme il se doit la limite de l’espace bâti. Près de là, le moulin à vent qui domine le village et avait remplacé une série de moulins à eau étagés en contrebas, rappelle l’importance du tout proche port de Saint-Tropez, qui ravitaillait la région en blé, toujours insuffisant en Provence, et exportait la production locale, vin, huile, poteries, cuirs tannés.

Le village perché est dominé par les ruines du château. Mentionné en 1058, le castrum de Grimaldo appartient alors aux vicomtes de Marseille, qui en font don par portions successives à l’abbaye de Saint-Victor. C’est dire que la famille de Grimaldi, qui n’apparaît qu’au XIIIe siècle en Provence, n’a pris aucune part dans sa fondation.

Il ne reste rien du premier édifice. Dans ce qui est encore visible, la partie la plus ancienne, une tour en forme de fer à cheval dont le premier niveau est couvert en voute d’arêtes, ne remonte pas au-delà du XIIIe siècle. Elle sera ensuite transformée en citerne. Le village, qui se serre à l’intérieur de remparts encore bien conservés, s’étend en direction de l’église à la fin du Moyen Âge.
Dans l’enceinte désertée un nouveau bâtiment est ensuite construit : des courtines relient quatre tours rondes soulignées par des corniches de serpentine et ouvertes de larges fenêtres encadrées du même matériau : la forteresse devient résidence.
L’église Saint-Michel (fin XIIe-début XIIIe) est construite en gros appareil de granit local. Seuls les doubleaux et la porte en plein cintre, aux longs claveaux soignés, sont en calcaire venu d’assez loin. La nef massive s’ouvre sur un faux-transept. L’ensemble est assez solide pour qu’on ait pu construire sans danger un clocher sur la voûte au XVIe siècle.

Devant le parvis de l’église s’ouvre la rue des Templiers, dont la présence n’est pas attestée à Grimaud et qui s’appela successivement rue des Juifs, rue Droite, Grand Rue. Elle présente des façades intéressantes, où des baies rectangulaires (autrefois à meneaux ?), surmontées de larmiers en équerre, dominent une galerie reposant sur des arcs brisés. Elle conduit à l’extrémité occidentale du village, où la chapelle des pénitents blancs renferme un remarquable retable attestant la richesse de la confrérie.

La chartreuse de la Verne, visitée trop rapidement dans l’après-midi, n’offre plus l’asile silencieux qu’exige la règle de saint Bruno : le financement de coûteux travaux de restauration a conduit à ouvrir le monastère, devenu un haut lieu touristique très fréquenté. L’église romane, enchâssée dans un ensemble complexe de bâtiments du XVIIe siècle, est le seul élément médiéval subsistant. Elle est ouverte au public, avec les anciennes annexes – grange, cellier, huilerie, boulangerie – et le petit cloître sur lequel s’ouvre une cellule reconstituée dans sa forme ancienne. La salle du chapitre, la bibliothèque, le réfectoire, le grand cloître et ses cellules de solitude sont réservés à la communauté de moniales qui occupe les lieux depuis 1983.

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