Activités 2015

Activités 2015

Samedi 24 janvier, conférence de M. Jean-Claude Poteur : les origines de la ville de Grasse, pouvoir et lieux de pouvoir

2015_grasse_pouvoirL’apparition de Grasse comme ville provient-elle d’une fondation  ou du développement progressif d’un castrum ? Elle n’est pas la création de marchands ou d’artisans, comme on pourrait le croire, mais de chevaliers. Dès le milieu du XIe siècle, les textes mentionnent  Guillaume-Gauceran, le fils de Rodoard « prince d’Antibes », sous le nom de  Guillaume de Grasse. Il y possède donc un château, dont il ne reste pas de trace,  vraisemblablement assorti d’une chapelle  que le conférencier va situer, parmi les vingt lieux de culte médiévaux du territoire grassois, au terme d’une démonstration  où l’archéologie explique la genèse du  territoire.
Le site du Puy, où se dresse la cathédrale construite au XIIe siècle, sur un édifice plus ancien qui fut la première paroisse d’un territoire grassois encore mal défini, ne peut convenir. L’évêque qui s’y installe, appuyé par le comte de Provence, ne peut se mettre à la merci du pouvoir aristocratique qu’ils combattent. Pour la même raison, on peut éliminer l’église Saint-Martin, au pied du Puy, antérieure à l’époque féodale mais qui semble se rattacher à un domaine rural, et aussi les églises liées à la présence de l’évêque : Saint-Thomas, Saint-Jacques de l’Hôpital, Saint-Honorat (aujourd’hui l’Oratoire), donation épiscopale aux moines de Lérins. Celles qui se rattachent aux ordres mendiants et celle des Templiers ne peuvent apparaître qu’à partir du moment où la ville a pris de l’importance. D’autres édifices sont des chapelles appartenant à des familles aristocratiques connues : Saint-Christophe au quartier de la Malle, Saint-Marc au Plan de Grasse, Saint-Michel. La chapelle Saint-Pierre était liée à la présence d’un hôpital rural. Sainte-Marguerite, au Plan-de-Grasse, peut-être à l’emplacement d’un habitat antique qui a perduré dans le haut Moyen Âge, est sur un site de plaine qui ne se prête pas à la construction d’un château.
Restent deux édifices aujourd’hui disparus et peut-être confondus, la chapelle du Saint-Sépulcre et l’église Saint-Hilaire, sur le plateau du même nom, dominant la ville. La forme circulaire de cette  dernière, peu commune, évoque une église sépulcrale, qui pourrait avoir été celle du château des Grasse-Antibes, Saint-Hilaire ayant alors désigné la chapelle castrale.

Samedi 21 février, conférence de M. Robert Mathis, illustrée par les photographies de Mme Irène Payan : saint Honorat et son île

2015_saint_honoratL’histoire de saint Honorat est connue par le panégyrique de saint Hilaire, qui fut évêque d’Arles, par les écrits de son disciple Fauste de Riez, et plus tardivement, au VIe siècle,  par ceux de saint Césaire d’Arles.
Honorat (Honoratius), né vers 360, appartient à une famille aristocratique d’origine gallo-germaine romanisée. Il mène d’abord la vie d’un noble romain, son père étant consul à Trèves, alors chef-lieu des Gaules, une des capitales de l’Empire romain sous le Bas-Empire. Son intérêt pour l’érémitisme l’éloigne de sa famille. Il entreprend un voyage en Orient, berceau de ce courant du christianisme qui se répand alors, mais il n’ira vraisemblablement pas plus loin que la Grèce. Entretemps, Trèves est tombée aux mains des Barbares et la capitale a été transférée à Arles. À son retour, c’est donc en Provence qu’Honorat cherche à se retirer dans un « désert ». Il s’installe d’abord à la Sainte-Baume de l’Estérel, près du Cap Roux, avant d’être ordonné prêtre par l’évêque de Fréjus, puis se retire  dans l’île alors totalement déserte appelée Lérina, qui portera plus tard son nom. Son exemple attire beaucoup de fidèles, ce qui le conduit à fonder une communauté et à adopter les préceptes de saint Macaire, qui mêlent  l’influence platonicienne et les  principes chrétiens contenus dans les « vertus théologales ». Si Honorat n’adopte pas les idées de Pélage, dans la querelle qui l’oppose à saint Augustin (le salut vient-il de la grâce divine, comme l’affirme celui-ci, ou l’homme peut-il se sauver lui-même par son libre arbitre, malgré le péché originel ?), ses disciples ont été accusés de semi- pélagianisme. La renommée du monastère et de son fondateur aboutit à l’élection d’Honorat au siège épiscopal d’Arles en 427, deux ans avant sa mort. Celui qui voulait se retirer du Monde est revenu dans le siècle.
Au cours du débat qui a suivi la conférence, M. Richard David a présenté de nombreux documents photographiques montrant les vestiges religieux de l’île Saint-Honorat, dont les sépultures de la fin du  Ve siècle récemment découvertes dans la chapelle Saint-Sauveur.

Samedi 14 mars, conférence de M. Claude Marro : les guerres du XXe siècle dans la toponymie urbaine des Alpes-Maritimes

2015_toponymieLa Première Guerre mondiale s’accompagne de nombreux changements de nom de rues.  Le souvenir des grandes batailles, les acteurs politiques et militaires sont ainsi honorés, tandis que disparaît l’évocation des lieux et des personnes se rapportant aux nations ennemies. Dans les principales agglomérations,  les grandes artères qui quadrillent les quartiers neufs  reçoivent ces nouvelles appellations, complétant le maillage civique formé par les noms républicains adoptés précédemment. Dans les villes plus modestes,  parfois enserrées dans leurs remparts (Vence, Antibes, Grasse par exemple), les nouveaux  noms concernent les accès à l’agglomération, formant une véritable « voie triomphale ». Si les grandes figures du conflit apparaissent le plus souvent, les acteurs locaux, pour lesquels sont érigés à la même époque les monuments aux morts, sont plus rarement nommés.
Les Alpes-Maritimes se distinguent en rendant  un hommage particulier aux acteurs étrangers du conflit. Cette particularité concerne le gouvernement de Vichy  remplace les noms de rues qui évoquent le régime déchu par ceux qui conviennent davantage à l’idéologie de la Révolution nationale. Ils disparaîtront à la Libération, dans une  nouvelle vague de dénominations qui modifie la toponymie urbaine et complète l’ « espace civique » déjà construit : dominée par la figure du général de Gaulle, elle fait la part belle aux acteurs locaux de la guerre, héros et martyrs de la Résistance, tandis que les combats de 1940, pourtant victorieux sur la frontière des Alpes, sont rarement évoqués. L’ancrage local est accentué par la situation géographique des rues nouvellement rebaptisées : elles se situent pour la plupart dans les quartiers populaires, assez souvent sur le lieu où résidait le héros auquel on rend hommage.
La guerre d’Algérie et l’afflux de rapatriés qu’elle entraine jouent un rôle dans les dénominations les plus récentes. Les Combattants d’Afrique du Nord sont souvent cités, avec  les batailles et les chefs militaires de l’armée d’Afrique pendant le second conflit mondial. Enfin, plusieurs communes ont choisi d’honorer leurs concitoyens morts au combat, lors de missions de maintien de la paix. Ainsi, à travers le nom des héros locaux et des références particulières à la société de chaque commune, on peut dire que « les noms de rue disent la ville », selon la formule de Jean-Claude Bouvier. Mais le rappel fréquent de personnalités et d’événements de portée nationale dans la toponymie des grands axes urbains rattache la ville au pays tout entier, dans le choix consensuel d’une histoire officielle.

Samedi 25 avril, conférence de M. Jean-Michel Mathonière : savoirs et emblèmes du savoir chez les compagnons tailleurs de pierre, à la fin de l’Ancien Régime.

2015_compagnons_tailleurs_pierresOn ne peut réduire les compagnonnages au seul exemple des charpentiers, le plus connu : entre autres différences, les tailleurs de pierre n’étaient pas tenus d’exécuter un chef-d’œuvre pour asseoir leur honneur, le tracé d’une épure suffisant à prouver leur connaissance en stéréotomie. Ils ne doivent pas non plus être confondus avec les francs-maçons, auxquels les Compagnons passants tailleurs de pierre ne peuvent être affiliés (ils sont obligatoirement catholiques  jusqu’au milieu du XXe siècle), même si une partie des rites et la recherche de la vertu leur sont communes.
Le conférencier, fondateur du Centre d’Étude des Compagnonnages, remet en question la tradition orale, la « légende maçonnique », et  appuie sa démonstration  sur l’analyse des emblèmes  figurant sur les « rôles » d’Avignon au XVIIIe siècle, bannières qui portent le blason, la devise, le règlement de la confrérie et le nom de ses membres (illustration page précédente).
On y trouve les outils du métier, non seulement la règle, l’équerre, le compas et le marteau taillant,  mais aussi ceux de l’art des jardins, de l’arpentage – le tailleur de pierre est aussi un architecte – de la gnomonique (les cadrans solaires sont taillés en pierre), de l’horlogiographie. Nous sommes avant la scission entre le monde des savants et celui des ouvriers. Les compagnons sont représentés richement habillés, portant parfois la canne, loin du misérabilisme romantique qui témoignera de leur paupérisation au siècle suivant. Ils forment encore l’aristocratie ouvrière.
D’autres symboles se rapportent aux gestes rituels (le salut pied à pied, la présentation devant le « rôle » de la ville à chaque étape du tour de France) et aux traditions qui font remonter le compagnonnage au-delà du Moyen Âge, dans une hagiographie qui mêle les époques et les personnages, ceux  de la légende profane et  ceux issus de la Bible, dans une symbolique où la religion n’est jamais éloignée : le serpent de la « prudence » côtoie l’équerre qui évoque la Croix, dans laquelle on peut voir un rappel au Grand Architecte.

Samedi 30 mai, sortie à Saint-Auban et Briançonnet, à l’invitation de l’association Saint-Auban d’Hier et d’Aujourd’hui.

2015_saint_aubanAprès une chaleureuse réception à la mairie, un chemin escarpé nous conduit aux vestiges du château-fort, dont les pierres à bossages rappellent qu’il fut un  siège du pouvoir souverain des comtes de Provence au XIIIe siècle, après avoir été pris à une famille de la première aristocratie provençale, les Balb. Mais l’origine du village,  qui porte un nom de saint c’est-à-dire de son église et non de son château, est à chercher avant l’époque féodale.2015_saint_auban_2
Le mobilier de l’église paroissiale et la relation des visites pastorales des évêques de Senez témoignent des dévotions qui se sont succédé :   les croyances populaires de l’époque baroque se manifestent à travers le culte des reliques, des sources « miraculeuses » ou des saints protecteurs locaux, tandis que le Rosaire, issu de la contre-réforme, est présent  sous la forme d’un grand retable. Plusieurs statues de style sulpicien évoquent les nouvelles dévotions  qui se développent en France à partir de la fin du XIXe siècle. Elles contrastent, par leur mièvrerie, avec le récent chemin de croix dû à l’artiste niçois Jean Brandy, qui voyait dans le calvaire du Christ « un symbole universel et humain avant d’être religieux, celui de toutes les souffrances infligées aux hommes à travers l’histoire et le monde ». Près de l’église, le château des Villeneuve-Bargemon a abrité, sous le règne de Louis XIV, les activités de Jean Troin,  « l’alchimiste de Saint-Auban »,  qui prétendait pouvoir transmuter les métaux en or et réussit à convaincre  plusieurs  puissants personnages avant de finir ses jours à la Bastille.
2015_saint_auban_3L’après-midi, un arrêt à la Clue est l’occasion de rappeler les textes que cette superbe vallée en gorge a inspirés aux XVIIIe et XIXe siècles : si l’abbé Papon, en 1787, exprime l’horreur que suscite ce paysage sauvage, Émile Garcin manifeste le même sentiment un demi-siècle plus tard,  en pleine époque  romantique, ce qui est plus étonnant. Trente ans encore, et Mistral décrit avec son lyrisme épique « la vallée prodigieuse, profonde, sourcilleuse et froide » où pénètre le héros de Calendal.
Enfin, entre deux averses orageuses, la lecture des inscriptions latines qui figurent sur plusieurs stèles funéraires et cippes de Briançonnet a permis d’évoquer ce que fut cette cité romaine nommée Brigantio ou Brigomagus, siège d’un « ordo » qui comportait différentes magistratures  (décurions, duumvirs, flamines) et abritait une société diversifiée, dont l’apogée, dans la deuxième moitié du IIIe siècle de notre ère, correspond pourtant à une des périodes les plus troublées du Bas-Empire.

Samedi 20 juin, sortie à Albenga, conduite par M. Richard David.

2015_albenga_1Quelques  vestiges d’Albengaunum se distinguent encore, situés dans une zone aujourd’hui inondable, au bord de la Centa (photo ci-dessous à gauche). La  cité antique, port important auquel Jules César avait donné le statut de municipe et qui fut en 451 le siège du premier évéché de Ligurie, a été abandonnée à la suite d’une crue qui a déplacé le lit du fleuve, au point que le Ponte Lungo qui le traversait s’est retrouvé au milieu des terres et que la ville médiévale a été reconstruite sur l’autre rive. Toutefois, de nombreux objets  ont été découverts lors de fouilles (et particulièrement celles menées par Nino Lamboglia à partir de 1950) et sont aujourd’hui présentés dans les différents musées de la ville. Nous avons particulièrement remarqué un sarcophage de marbre au palais épiscopal, un puits au décor de bucranes à la loge municipale, une impressionnante collection d’amphores et d’ancres marines au musée naval romain, un exceptionnel plat à décor dionysiaque au musée du verre.2015_albenga_2
Témoins du cataclysme, le baptistère paléochrétien, de forme octogonale sur une base décagonale, et la basilique sont à un mètre au-dessous du niveau du sol actuel. Pour la cathédrale romane, construite sur la basilique, des éléments antiques ont été réemployés : le décor de la façade, manifestement païen, contraste avec la savante frise lombarde en pignon, tandis que  le clocher est  bâti sur une base en gros appareil romain. Il  rivalise de hauteur avec les douze tours des demeures aristocratiques qui se font face. La verticalité de l’architecture est le 2015_albenga_3caractère le plus surprenant de la vieille-ville. Albenga, ville épiscopale  (elle eut pour évêques, entre autres, l’abbé de Lérins Aldebert et le futur pape Sixte IV), vivait du commerce avec l’Orient, initié vraisemblablement à la suite de la première croisade, à laquelle elle participe. Nobles et marchands se confondent. Les riches familles, Cippolini, Ricci, Rolandi, Costa… se succèdent à la tête de la ville, construisent des palais de briques qui sont autant de maisons-fortes surmontées de tours et de créneaux, aux élégantes baies géminées, triples ou quadruples. Ces familles défendent l’indépendance de la cité, point essentiel de la Marche de Ligurie, jusqu’à son rattachement à la république de Gènes au milieu du XIIIe siècle, et participent aux luttes politiques qui agitent l’Italie et la Provence.
La prospérité de la population s’affirme encore au cours des siècles suivants par le grand nombre d’églises et de couvents richement décorés, où chaque époque apporte sa contribution, des fresques médiévales au  décor baroque, et qui abritent toujours d’importantes collections d’objets d’art (ci-contre, fresque de l’église des Dominicains et séminaire épiscopal).

 

Samedi 12 septembre, sortie à Marseille, conduite par M. Richard David

Il était impossible d’étudier en une journée les 2600 ans d’histoire de Marseille, depuis la rencontre légendaire du Phocéen Protys et de la Celto-Ligure Gyptis jusqu’ à aujourd’hui. Aussi notre guide a-t-il choisi de nous faire découvrir essentiellement deux aspects de la ville : le port gréco-romain et la production de la faïence à partir du XVIIe siècle.Le musée des docks romains, avec ses impressionnantes dolia, ses nombreuses amphores et ses outils de navigation, le musée d’histoire de Marseille et ses restes de gigantesques navires marchands dont la cargaison provenait de tout le monde méditerranéen, témoignent de l’importance du comptoir de commerce de Massalia, devenue la romaine Massilia sans perdre pour autant son caractère grec.
Autour du port, une ville fortifiée se développe, dont il reste des vestiges, en particulier une importante nécropole qui sera encore utilisée au Moyen Âge et qui contenait une grande variété de sépultures : urnes funéraires, tombes sous tegulae, sarcophages, et de nombreux petits autels votifs. Le caractère exceptionnel des pièces présentées dans les nombreuses vitrines, les maquettes, les reconstitutions de sites font toute la valeur de ce musée remarquable.
Changement d’époque l’après-midi, avec la visite du château Borély, « l’apogée de la bastide », vaste demeure de style classique, construite dans la seconde moitié du XVIIIe siècle dans ce qui était alors un quartier de campagne. Son luxueux décor de trompe-l’oeil, de toiles peintes, de cuirs dorés, ses pièces d’apparat reconstituées à l’identique – dont la salle de repos et sa célèbre radassière – évoquent les plaisirs de la vie chez l’aristocratie marchande. Le musée Borély abrite aujourd’hui une collection de faïences provenant des ateliers marseillais et en particulier de Saint-Jean-du-Désert, que notre guide nous présente (ci-dessous de gauche à droite) : pièces créées par Clérissy, venu de Moustiers sous le règne de Louis XIV, faïences « au grand feu » du siècle suivant (ateliers de Perrin et de Fauchier essentiellement), pièces polychromes du XIXe siècle, imitées de Faenza et, curiosité pour les Cannois, de grands vases au décor familier, réalisés lorsque l’atelier de Saint-Jean-du-Désert a été repris par Émile Lauriac, propriétaire de la faïencerie du Mont-Chevalier. Au total, une belle leçon d’histoire de l’art !

Samedi 10 octobre, sortie à Roquestéron et Pierrefeu, conduite par Mme Catelant et M. Richard David à l’initiative de Mme Danièle Saboret

Dans la partie montagneuse de la Provence, la Roque (la Roche) désigne, parmi tous les sommets, celui qui porte un château. Dans un territoire antique qui s’appelait L’Olive, deux châteaux sont mentionnés dès le XIe siècle : Gerbière et Saint-Jean de la Roque. Ce dernier appartient aux Rostaing, une de ces familles de la première aristocratie provençale, très jalouses de leur indépendance et toujours prêtes à la révolte contre les comtes de Provence.
Vers 1230-1240, au cours d’une guerre que mène le comte pour soumettre ses vassaux, les premiers châteaux sont détruits, une nouvelle forteresse est bâtie sur le rocher qui domine la rive droite de l’Estéron. Un village se développe à ses pieds, bientôt complété par une église paroissiale dédié à saint Érige. Le nouveau château est ruiné lors de la guerre de succession de la reine Jeanne, qui aboutit, en 1388, à la dédition du comté de Nice (dont fait partie Roquestéron) et à son rattachement à la Savoie. Le village devenu frontalier prend une importance stratégique. L’église est surélevée et fortifiée lors des guerres que mène Louis XIV contre les États de Savoie.
L’agglomération s’étend alors en contrebas du site médiéval, puis franchit la rivière. Au XVIIIe siècle, sous l’influence des Alziary de Malaussène, la majorité de la population est installée rive gauche, où est bâtie une paroissiale, également appelée Saint-Érige, tandis que l’ancienne église prend le nom de Sainte-Pétronille. La nouvelle église est richement décorée de tableaux qui illustrent les dévotions de la piété baroque, issues de la Contre-Réforme. Seuls, deux tableaux représentant, l’un saint Érige et saint Laurent (patron de la chapelle médiévale de Gerbière) et l’autre saint Jean-Baptiste, rappellent la première histoire religieuse du village. En 1760, le traité de Turin, qui rectifie la frontière entre la France et les États de Savoie, coupe le village en deux : l’agglomération ancienne, rive droite, redevient française et prend le nom de Roquestéron-Grasse. Le rattachement du comté de Nice à la France en 1860 ne modifie pas la situation : deux communes, appartenant à deux arrondissements différents, reliées par un pont sur lequel figure toujours une borne-frontière qui porte la croix de Savoie et le lys de France.
À travers les vicissitudes de son histoire, Roquestéron vit au milieu des oliviers qui occupaient encore les trois-quarts de ses terres cultivables en 1929. Le dernier moulin à huile, dont la production a longtemps alimenté les savonneries de Marseille, a fermé en 1967. Il est loin le temps où les recettes du moulin communal couvraient les dépenses de la commune !
Après le repas pris dans l’ancienne gare de Vescous, qui rappelle l’époque où les vallées niçoises étaient desservies par le tramway, la visite du Musée Hors-du-Temps, installé dans l’église Saint-Martin et Saint-Sébastien, au vieux-village de Pierrefeu, est une rencontre avec les oeuvres données ou prêtées par des peintres contemporains ayant illustré le thème de la Genèse. Elles offrent un riche éventail, entre l’art figuratif d’Yves Brayer, la vision poétique de Pierre Cadiou, celle de Jean Valadié ou Rob Jullien, teintée d’onirisme, l’expression architecturale d’Hans Erni, entre cubisme et mythologie, la vision apocalyptique de Carzou, la ligne nette de Moretti ou l’abstraction lyrique de Chu Teh Chun, pour ne citer que les plus connus, et accompagnent une Vierge à l’enfant entourée de saint Sébastien et saint Martin, peinte pour cette église par le Castellanais J. André en 1661.

Samedi 21 novembre, conférence de M. Serge de Poorter : Des registres paroissiaux à l’état-civil.

Nés de la volonté de monarques centralisateurs, la tenue de registres paroissiaux est rendue obligatoire par des édits royaux : celui de Villers-Cotterêts pour les baptêmes sous François 1er, celui de Blois sous Henri III pour les mariages et les sépultures. Le contrôle de l’État s’accentue sous Louis XIV : l’ordonnance de Saint-Germain-en-Laye impose la remise d’un double au siège des baillages et des sénéchaussées. La Révolution crée l’état-civil en retirant au clergé la tenue des registres où les actes, désormais appelés de naissance, de mariage et de décès, seront désormais séparés. À la même époque apparaissent les premières mentions marginales et les tables annuelles puis décennales. Sous le Directoire, la création de municipalités cantonales, qui se substituent aux communes et obligent les mariés à se déclarer au chef-lieu de leur canton, a pu causer quelques difficultés aux premiers chercheurs généalogistes, outre l’usage du calendrier révolutionnaire. Au XIXe siècle, la fixation de l’orthographe des noms propres amène les procureurs à user de leur pouvoir discrétionnaire pour corriger les doubles des registres déposés au greffe des tribunaux avant que l’année ne soit écoulée. En 1989, les diverses mentions marginales (divorce, adoption, légitimation, annulation de paternité, modification de nom, certificat de coutume, acte de notoriété…) disparaissent de ces doubles.
Faut-il considérer les registres paroissiaux comme des documents privés, communaux ou judiciaires ? L’absence de réponse à cette question explique que le cadre de classement de ces archives varie d’un département à l’autre.

Samedi 12 décembre, conférence de M. Richard David : Le diamant.

La rareté du diamant provient des conditions particulières de sa formation qui a débuté, il y a 3,5 milliards d’années, à une température de 900 à 1300° et sous une pression de 45 000 à 60 000 bars. Ils remontent alors par subduction dans la partie supérieure du manteau où ils vont demeurer, jusqu’à ce qu’une poussée volcanique rapide, il y a 150 millions d’années, les véhicule vers la surface de la terre. Certaines météorites contiennent également des nanodiamants. La dimension du diamant, sa pureté et sa couleur en font sa valeur. Les trop petits et les moins purs sont destinés à un usage industriel.
Longtemps limités aux Indes (les « trésors de Golconde ») et à Bornéo, des gisements sont découverts au Brésil au XVIIIe siècle, puis en Afrique du Sud au siècle suivant. Aujourd’hui, les principaux producteurs sont la Russie pour la quantité et le Botswana pour la valeur. Si certains diamants anciens sont célèbres, tels le Koh-i Nor, l’Orlov, le Régent ou le Grand Moghol, ils n’atteignent pas le poids du Cullinan, le plus gros diamant connu, trouvé en Afrique du sud en 1905. Il pesait brut 3106 carats et a fourni, après avoir été taillé, 105 pierres dont la plus grosse pèse 530 carats. Objets de superstitions et interdits aux femmes par une ordonnance de Saint-Louis qui ne sera supprimée qu’au XVe siècle, les diamants, jusqu’alors portés à peine ébauchés, sont mis en valeur par une taille qui fait jouer la lumière sur leurs facettes : en table, en coussin, en briolette, en poire, en amande (la taille « brillant », qui donne le meilleur rendu avec ses 57 facettes, apparaît vers 1939 seulement). Les diamants de François 1er constituent le premier fonds des « joyaux de la Couronne », inaliénables mais parfois mis en gage. Louis XIV, grand amateur, en possèdera de célèbres, fréquemment portés puis démontés et réutilisés pour orner ses vêtements et accessoires. Ils enrichissent la collection royale, en partie dispersée lors de la Révolution. Certains diamants reparaîtront sur le marché après avoir été retaillés. Les derniers « joyaux de la Couronne » sont vendus en 1887 par l’État, qui essaie de les racheter aujourd’hui comme faisant partie du patrimoine national.

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