Activités 2012

Activités 2012

L’entrée aux conférences est libre et gratuite, dans la limite des places disponibles.

Pour les sorties, une participation peut être demandée (guide, conférencier, restauration). Afin de préparer au mieux les sorties, l’inscription est obligatoire.

 

Comptes-rendu des activités

14 janvier, conférence, M. Claude Marro, Cannes, un port de Provence pendant la Révolution

À la veille de la Révolution, le bourg de Cannes abrite une société plus complexe que celle du pittoresque village de pêcheurs décrite un demi-siècle plus tard par les premiers hivernants venus à la suite de lord Brougham. Les gens de mer font part égale avec les cultivateurs et les professions liées au négoce, parmi lesquelles se recrutent les administrateurs municipaux, riches bourgeois élus au suffrage censitaire. Ce clivage apparaît à travers les cahiers de doléances rédigés au printemps de 1789, pour préparer les États-Généraux : un premier cahier exprime les revendications des classes pauvres, elles concernent des abus locaux en matière de droits seigneuriaux, auxquels il est demandé de mettre fin ; les doléances des pêcheurs sont consignées dans un cahier particulier, tandis que la bourgeoisie éclairée réclame de son côté des réformes politiques.
Les Cannois se satisfont de l’abolition des privilèges qui suit les événements de l’été 1789, mais là s’arrêtent les transformations sociales : les riches négociants restent à la tête de la municipalité, forment les officiers de la Garde nationale, accaparent les biens du clergé confisqués. La République voit le même personnel diriger la ville. La population s’accommode du nouveau régime auquel il adhère superficiellement, en particulier en matière religieuse. Ces réticences ne font pas pour autant de Cannes un foyer de contre-révolution. La guerre qui éclate en 1792 transforme Cannes en ville de garnison qui doit supporter l’hébergement et le ravitaillement des troupes. Le maire Jean-Baptiste Féry, jacobin sans fanatisme, usera de son énergie à éviter la pénurie alimentaire, mais ne pourra empêcher la hausse du prix des denrées. Les Cannois, plutôt réfractaires à la conscription, accueillent volontiers la naissance du Consulat qui apporte la paix, la fin des restrictions alimentaires et la liberté religieuse. De même, quinze ans plus tard, ils abandonneront l’Empire synonyme de guerre et de privations.

11 février, conférence, M. Emmanuel Dovéri, L’eau des îles : Lérins pendant l’Antiquité

Les îles de Lérins ont été occupées assez tôt dans la Préhistoire, comme en témoigne la découverte de silex taillés, mais c’est à partir de l’Âge du bronze ancien que le site connaît le début d’une activité humaine suffisamment marquée pour poser le problème d’une installation permanente liée à une disponibilité en eau potable. On peut supposer qu’il s’agissait d’une occupation temporaire, car aucune trace d’habitat remontant au-delà de la période hellénistique n’a été retrouvée. De cette dernière époque datent les restes en partie fouillés, à Sainte-Marguerite (Léro),  d’un oppidum au plan en damier, typique des établissements urbains qui fleurissaient sur les rives du bassin occidental de la Méditerranée, avant l’occupation romaine. Ce serait le Vergoanum des auteurs antiques, qui pourrait couvrir près d’un hectare, autant que l’oppidum d’Entremont dans sa phase la plus ancienne.
Si la source de Saint-Honorat qui fournit l’eau douce à l’abbaye est bien connue, celles qui bordent la côte nord de Sainte-Marguerite sont des résurgences sous-marines, inutilisables. Comment les habitants pouvaient-ils  vivre ? Les habitations donnaient sur des rues pavées, munies d’un caniveau central. Un système de captage de l’eau de pluie conduisait à un groupe de citernes munies de déversoirs, situées dans l’enceinte du fort qui recouvre aujourd’hui l’ancien oppidum. D’autre part, l’existence d’un aménagement systématique du territoire pour rassembler, drainer et stocker les eaux de pluie, comme celui de l’île de Délos, en Grèce, est vraisemblable. À la pointe est de Sainte-Marguerite, les ruines du « fort espagnol de Monterrey », par leur position et leur construction maçonnée à la chaux et l’argile font penser à un bassin de stockage d’eau de ruissellement. On  connaît aussi ceux, plus récents, du Grand Jardin. Enfin un réseau de canalisations antiques aboutissait à l’étang du Batéguier, dont les abords ont été longtemps cultivés et qui n’a pas toujours communiqué avec la mer. L’appellation tino (cuve) donnée à l’étang,  les toponymes Partègue ou  Ragon (déversoir) confirment le rôle de collecteur des eaux de cette dépression.
Les sources de la rive nord étaient elles accessibles sous l’Antiquité ? Cela laisserait supposer que le niveau de la mer était un à trois mètres plus bas autour de l’île. Un cataclysme sismique, attesté pour Antipolis, a bouleversé la région au IVe s. ap. J-C. Certains murs de l’oppidum de Léro indiquent des destructions et des basculements importants à la même époque. Enfin, la découverte récente au nord de l’île, d’une source dans une cavité littorale à accès sous marin, manifestement surcreusée par l’homme (qui pourrait correspondre à la « baume de l’Abbé », cachette sous-marine décrite par Barralis à propos du massacre des moines au VIIIe siècle), semble confirmer un lent affaissement de l’archipel. La raréfaction de l’eau douce aurait amené l’abandon de tout habitat permanent pendant le Haut Moyen Âge.

 

24 mars, conférence, M. Pierre-Jean Romand, Émergence et évolution de la grande hôtellerie : l’exemple de la Riviera française, 1800-1940

Le travail exposé visé à montrer les rapprochements entre pratique sociale et histoire architecturale, autour d’une analyse typo-morphologique d’un corpus. Ce dernier est formé d’environ 150 hôtels édifiés entre 1800 et 1940, de Cannes à Menton. Le propos tenu était que l’implantation et/ou la distribution dépendaient en partie d’une pratique touristique précise.

Plusieurs types d’implantations sont développés. Le type isolé est montré comme une caractéristique de la station de la seconde moitié du XIXe siècle, alors que se développe sur la Riviera le séjour hivernal de longue durée. Aux établissements des collines se mêlent ceux bâtis en front de mer, en partie après 1910 alors qu’apparaissent les premières saisons estivales. Enfin, les hôtels des zones à moyenne et forte densité urbaine sont élevés de manière régulière dès le début du XIXe siècle, touchant une clientèle plus diversifiée.

Montage : le Gallia (Cannes), plan d’origine et état actuel (P-J Romand)

Le plan est ensuite analysé. Deux types se dégagent : le plan linéaire et le plan à cour centrale. Le premier apparaît comme le plus caractéristique de la station. Surtout utilisé avant 1910, on le retrouve dans les zones isolées dont le parcellaire permet l’édification d’immeubles dépassant parfois les 150m de longueur. Nous verrons que les architectes vont tendre progressivement vers une plus grande rationalité de l’espace, avec une réelle séparation des espaces servis/servants, se servant de l’hôtel à plan linéaire comme d’un laboratoire. Le type d’hôtel à cour centrale reste pour sa part moins répandu. Il se développe principalement au bord de mer ou en milieu urbanisé. Conçu comme un ensemble présentant souvent des espaces commerciaux – du fait de sa situation en milieu urbain–, nous verrons qu’il va tendre à perdre sa fonction de lieu de vie pour devenir essentiellement un hébergement nocturne. Les deux types principaux donneront enfin naissance à des variations.

Simple fonction derrière un mur, l’hôtel va chercher à s’affirmer, notamment au-travers d’une composition des façades mêlant symétrie, jeux de volumes, et décor opulent de différentes inspirations.

Enfin, l’étude est élargie à plusieurs zones touristiques. Outre les différences entre l’hôtellerie américaine et européenne à la Belle-Epoque, l’auteur se sert ici d’un grand nombre d’exemples pour montrer l’hôtellerie sous un angle différent. Cette dernière est alors perçue comme un ensemble de bâtiments répondant à des modèles établis, faisant alors apparaître les nombreux points communs entre des édifices français, italiens, espagnols, etc. Le caractère régional est alors réduit à  une série d’éléments quasi-anecdotiques, tandis que l’aspect très répétitif des plans et distributions est mis en avant.

 

Samedi 14 avril, sortie botanique à Roquebrune-sur-Argens et Saint-Aygulf

Une asphodèle
Une asphodèle

Le Rocher de Roquebrune se dresse à la manière d’un inselberg au dessus de la vallée de l’Argens. Un sentier nous conduit jusqu’à la chapelle Notre-Dame des Spasmes ( appelée aussi Notre-Dame des Œufs) à travers un chaos de roches façonnées en boules lors des périodes interglaciaires. La végétation caractéristique de la Provence cristalline, châtaigniers, chênes-verts, chênes-lièges, auxquels se mêlent des chênes pubescents, des ormes, des frênes, des micocouliers, compose une forêt sombre qui a donné son nom au massif des Maures. Sous le couvert forestier dense, le sous-bois est assez peu développé, mais nous y avons rencontré  la grande pervenche, l’herbe aux femmes battues (tamus communis), le palure, le ruscus aculeatus. Les espaces découverts forment des jardins naturels ou se mêlent  les iris jaunes et bleus, la lavandula stoechas, très différente de la lavande des pays calcaires de Haute-Provence, les diverses variétés de cistes.

Chapelle Notre-Dame des Oeufs
Chapelle Notre-Dame des Oeufs

Autour de l’étang de Villepey, à Saint-Aygulf, s’est développé un biotope original où la végétation méditerranéenne (le chêne-vert, le ciste, le myrte, l’arbousier), celle des prairies humides (asphodèle, silène) et les plantes halophytes (jonc, saladelle) se mêlent  aux influences tempérées (le houblon, l’aulne) et à des espèces importées : différentes sortes de palmiers  se sont installés spontanément à partir des jardins d’agrément.
Si les crues de l’Argens, en bouleversant le milieu, a fait disparaître les ragondins, l’étang de Villepey est toujours un abri pour les cygnes migrateurs.

 

Dimanche 13 mai, sortie, les arts de la terre à Salernes et Varages

Salernes a développé au cours de son histoire tous les aspects de la céramique, depuis les premières poteries en terre cuite de l’époque néolithique découvertes sur le territoire de la commune. La fabrication de la « tommette », caractéristique des intérieurs provençaux, a succédé au milieu du XIXe siècle à une production plus diversifiée qui comprenait, entre autres, la faïence culinaire.

Assiette en céramique peinte
Musée de Varages, assiette d’inspiration marseillaise

Concurrencé par la fabrication industrielle, le carrelage de sol est aujourd’hui en déclin, alors que la réalisation de carreaux émaillés pour l’habillage des murs s’est développée. Bénéficiant d’une eau abondante, d’argile de qualité, de forêts pour chauffer les fours, Salernes comptait à son apogée une cinquantaine d’ateliers de céramique, qui employaient essentiellement une main d’œuvre locale pour une activité saisonnière : la chaleur de l’été  était nécessaire pour le séchage indispensable avant la cuisson. Le broyage, le délayage et l’affinement de la terre, la confection des « pastons » d’argile d’une quinzaine de kilos, la préparation et la conduite des fours étaient réservés aux hommes, tandis que les femmes se chargeaient des diverses opérations de façonnage des tommettes et de leur finition. Le musée Terra rossa, installé dans un ancien atelier, présente toutes les étapes de la fabrication du carrelage qui fit la réputation de ce bourg du Centre-Var. Il possède aussi une remarquable collection de carrelages anciens, dont de nombreux exemplaires médiévaux.
À une vingtaine de kilomètres de Salernes, Varages possède les mêmes atouts naturels.

Carreau en ceramique
Musée de Salernes, carrelage médiéval

La faïence s’y est développée à partir de 1695, dans la mouvance de Moustiers. Les fondateurs des premiers ateliers, formés eux aussi à l’école de Saint-Jean-du-Désert, ont créé un style peu différenciable de leurs concurrents marseillais et moustériens : même décor bleu « à la Bérain », mêmes grotesques, mêmes fleurs de pomme de terre en bleu et jaune, des roses que seuls d’infimes détails permettent d’attribuer à la production varoise, des pièces à fond jaune imités de celles de Montpellier. C’est paradoxalement au moment du déclin de la production artisanale que Varages a su se démarquer des autres faïenceries provençales : au XIXe siècle, les assiettes en terre rouge locale, couvertes d’émail blanc et peintes à la main ont été remplacées par des biscuits de  terre blanche couverts d’une glaçure transparente et décorés de pochoirs originaux.

 

Samedi 23 juin, sortie, la réserve géologique de Digne

Digne
Digne

À trois kilomètres de Digne, sur la route de Barles, notre visite commence par la dalle calcaire des Isnards, qui porte sur près de 400 m2  plus de 1500 fossiles d’ammonites du genre Corionicéras et aussi quelques nautiles, rostres de bélemnites et bivalves. Ils se sont déposés il y a 200 millions d’années, au Sinémurien (Jurassique inférieur), sur un ancien fond marin que la surrection des Alpes a fait émerger et a incliné à 60°. Une pareille accumulation de fossiles s’explique par la présence, à l’époque, d’un courant marin qui a transporté les coquilles vides dans une zone abritée où elles se sont entassées. L’état des fossiles, qui n’ont pas été brisés par l’agitation de la mer, et l’absence d’un métamorphisme de pression sur la roche laissent supposer une profondeur moyenne du site originel, de l’ordre de 500 mètres.
Une deuxième étape nous conduit sur la même route à une plage fossile de la mer Alpine où au miocène (20 millions d’années), de petits échassiers ont laissé à marée basse les empreintes de leurs pas sur le sable humide. Un durcissement précoce du sédiment s’est opéré, à cause de la présence d’un voile bactérien, permettant de garder les empreintes.

Une amonite
Une ammonite

L’après-midi est consacré à la visite du musée-promenade installé dans le parc Saint-Benoît, au sommet d’un piton de tuf où l’eau, partout présente, ruisselle en cascades. Une première salle reconstitue l’océan sinémurien, avec sa diversité biologique. D’autres salles retracent l’histoire géologique de la Terre à partir de la Pangée primitive, pour aboutir à l’évolution des paysages de la région depuis 300 millions d’années. Une  riche collection de fossiles recueillis sur le territoire de la réserve, parmi lesquels de remarquables ammonites déroulées,  ponctue les étapes de cette histoire. Des aquariums méditerranéens et tropicaux présentent côte à côte des fossiles et les animaux vivants qui leur correspondent.

 

Samedi 29 septembre : forum des associations historiques et scientifiques des Alpes-Maritimes à Sospel

Sospel
Sospel

Organisé par l’ASPEAM et le Cercle d’études du patrimoine sospellois, le forum a été l’occasion d’échanges et de riches contacts. L’après-midi a été consacré à une visite de cette importante cité médiévale, chef-lieu de viguerie au XIIIe siècle, siège éphémère d’un évêché lors du  schisme d’Occident avant de retourner au diocèse de Vintimille, étape importante sur la route du sel. La dédition de Nice en 1388, puis l’allégeance des comtes de Tende à la Savoie, permettant le libre passage des marchandises entre Nice et Turin,  provoquent une longue période de prospérité. Sospel devient par sa population la deuxième ville du comté. Il reste de cette richesse de nombreuses maisons à façade romane, gothique ou Renaissance, quatre chapelles de pénitents, parmi lesquelles celle de la Sainte-Croix se distingue par un clocher à plan triangulaire, la cathédrale Saint-Michel qui mêle une nef à décor baroque à un clocher du XIe siècle.
La conférence des présidents d’associations, tenue dans la tour du Pont-Vieux, a décidé d’organiser le forum de 2013 à Cannes. La Société scientifique et littéraire et les Amis des archives s’en chargeront.

 

Samedi 13 octobre, conférence, M. Claude Marro, Usage et préservation du littoral cannois avant l’ère du tourisme de masse

(Conférence donnée à Nice dans le cadre du congrès de la Fédération historique de Provence, et publiée dans Provence Historique).
La portion utile du littoral cannois que découvre en 1834 lord Brougham, l’ « inventeur de Cannes », se limite à la petite anse, dite caranca dei Catelans,  et à la courte plage de la « Marine »  qui concentrent l’activité portuaire. De part et d’autre, des landes sablonneuses coupées de petits ruisseaux et de marécages bordent  la baie de la Croisette et le golfe de La Napoule. Ce sont des espaces délaissés, que l’arrivée des premiers hivernants conduit à une rapide mutation. Elle verra s’opposer  des protagonistes aux intérêts divergents : l’État propriétaire du domaine maritime, la Ville désireuse d’y créer des espaces publics, les acquéreurs – cannois ou étrangers –  de terrains en bord de mer soumis à une intense spéculation foncière.
La transformation du port de pêche et de commerce en station de villégiature hivernale conduit à des aménagements qui bouleversent l’équilibre fragile du littoral : l’extension du môle, la construction du boulevard de la Croisette provoquent des phases successives d’ensablement et d’avancée de la mer. Les riches villégiateurs étrangers construisent des quartiers nouveaux, à l’écart de la « Marine »  qui regroupe les activités portuaires et la population autochtone, malgré les efforts de la municipalité qui voudrait attirer les nouveaux venus vers le centre de la cité et ne prend pas assez vite conscience de l’essor que les plages vont prendre : le tracé de la voie ferrée le long du littoral arrête le développement d’un quartier résidentiel le long du golfe de la Napoule, mais provoque la naissance du boulevard de la Croisette.
Ainsi, la polémique lancée dès 1863 au sujet de l’avenir de Cannes ( doit-on favoriser l’ouest et l’est aristocratiques qui font la fortune de la ville, le sud qui est la plage, au détriment du centre devenu vétuste ? ) trouve sa réponse avant la Grande Guerre, en donnant à l’agglomération un caractère original : parallèlement à la côte, au centre, un habitat resserré, permanent, rassemble la quasi-totalité de la population locale ; en demi-cercle autour du rivage s’égrène un habitat dispersé, saisonnier, luxueux. Au cours de la période suivante, le développement des transports ferroviaire et routier fera perdre au port de Cannes son rôle commercial et favorisera le tourisme de masse,  entraînant une densification de l’habitat sur tout le territoire communal, pour donner à la cité son aspect actuel.

 

Samedi 17 novembre, conférence, Mme Chloë Rosati, L’image de la ville de Grasse, aspects traditionnels et retombées contemporaines

L’identité d’une ville s’affirme à travers l’image, particulièrement présente quand il s’agit d’une station touristique : l’affiche, le prospectus, la carte postale participent à la diffusion des caractères typiques du lieu, conformément au désir des décideurs politiques et économiques locaux.
Or, l’image de Grasse a évolué depuis le milieu du XIXe siècle. La première fonction qu’elle veut faire connaître, avant la Première guerre mondiale, est celle d’une ville de villégiature hivernale : l’accent est mis sur la douceur et la salubrité du climat, la pureté de l’eau, l’agrément d’une campagne fleurie où apparaissent au premier plan les essences méditerranéennes mais aussi celles, plus exotiques, des jardins créés pour de riches résidents. Grasse ambitionne, selon la terminologie de l’époque, d’être une « station climatérique » destinée  à une clientèle aristocratique. Le caractère provençal véhiculé par les vues de la vieille ville passe alors au second plan, se limite à la silhouette du clocher de la cathédrale et de la tour de l’évêque, image identitaire qui permet de situer le lieu, mais en retrait de la promenade élégante du Cours.
L’époque du tourisme de masse correspond à une mutation de l’identité grassoise : l’accent est mis sur le rôle de « Capitale mondiale des parfums ». Désormais, la présence du parfum est récurrente dans l’iconographie liée à la promotion du site, sous forme clairement explicite (le flacon) ou implicite : la rose, le jasmin, alors que ces cultures ont quasiment disparu des campagnes grassoises. On est passé de la représentation d’une réalité à un symbole.
Cependant le parfum est devenu une caractéristique typique du lieu mais pas de ses habitants, qui ne se reconnaissent pas tous dans cette identité territoriale. Aussi, l’image de « Grasse porte de la Provence orientale » tend elle aujourd’hui à se surimposer à la précédente, répondant à une revendication d’ancrage régional relayée notamment par les élus. Elle s’exprime dans une iconographie qui n’est pas exempte de clichés, niant l’urbanisation du paysage, pour faire de Grasse une ville provençale typique qu’elle n’est plus.

 

Samedi 8 décembre, conférence, Mme Laurie Strobant, La population italienne de Cannes au tournant du XXe siècle

Le recensement de 1906 montre que les Italiens représentent en France la première communauté étrangère. À Cannes, ils forment 28% de la population. L’unité italienne est alors récente, aussi le sentiment national n’est-il pas encore bien ancré chez les immigrés, plutôt attachés à leur origine régionale. Une majorité d’entre eux vient du Piémont, en particulier de la province de Cuneo. Ceux du Mezzogiorno, plutôt attirés par l’Amérique, s’installent fortuitement en France, qui n’est au départ qu’une étape. Leur proportion à Cannes est inférieure à la moyenne nationale.
Une première vague de main d’œuvre saisonnière, arrivée au milieu du XIXe siècle et plutôt attirée par l’arrière-pays agricole, a fini par se sédentariser. L’essor de Cannes attire de nouveaux migrants dont les activités se diversifient : journaliers encore, mais aussi jardiniers,  maçons, métiers liés au commerce maritime, à la plaisance, à l’hôtellerie, à l’alimentation (les vermicelliers en particulier), à la confection, carriers au four à chaux de Rocheville, cochers, cordonniers, et une catégorie spécifique, les éleveurs laitiers originaires de Limone, installés à La Bocca. Si quelques uns créent de petites entreprises artisanales, la plupart sont salariés. La part la plus importante de la main d’œuvre féminine est représentée par les domestiques, recrutées par des bureaux de placement et des sociétés philanthropiques, et employées dans les hôtels et les familles de petite bourgeoisie, les riches hivernants venant plutôt avec leur propre domesticité. Parmi les domestiques, une activité spécifique est celle de nourrice. Malgré les lois sociales, le travail des enfants est assez fréquent (44% des Italiens de Cannes ont moins de quatorze ans). Ils sont employés dans le cadre d’un travail familial, en particulier les laitiers, mais peuvent aussi être loués par un employeur avant l’âge légal. Il semble que les autorités aient fermé les yeux sur ces pratiques.
Le modèle familial le plus fréquent est la famille nucléaire, même si des célibataires ou des familles élargies à des cousinages vivant sous le même toit existent. Des réseaux de solidarité se mettent en place entre personnes originaires du même village : ils habitent le même quartier, travaillent au même endroit. Cela n’est pas incompatible avec une volonté d’intégration, facilitée par la proximité culturelle des Piémontais et des Provençaux, et par la loi de 1889 sur l’acquisition de la nationalité française. En 1906, un tiers des Italiens de Cannes sont des immigrés de la deuxième ou troisième génération. Beaucoup ont créé une entreprise, et, malgré une endogamie assez importante, se sont mariés avec un conjoint français plutôt qu’un originaire d’une autre région d’Italie ; certains ont francisé leur patronyme. Cette volonté d’intégration résiste aux accès de xénophobie suscités par l’entrée de l’Italie dans la Triplice en 1882, l’attentat de Caserio en 1894 qui fait des Italiens des anarchistes, la loi de séparation de l’Eglise et de l’État qui assimile à des opposants à la République une population attachée à la religion. Les arrêtés municipaux et le décret Millerand sur la protection des emplois nationaux conduit seulement à un repli des immigrés italiens vers des métiers moins usités.

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