Activités

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Programme de 2018

Les informations de cette page sont susceptibles d’être mises à jour régulièrement.

01/2018 Conférence – La civilisation Étrusque

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Conférence
La civilisation étrusque

Samedi 15 janvier 2018, à 15h
Logis des Jeunes de Provence, 5 rue Mimont, 06400 Cannes
Conférence animée par Mme Monique DELHOM
 

02/2018 Conférence – Qui était Julien Viaud, alias Pierre Loti ?

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Conférence
Qui était Julien Viaud, alias Pierre Loti ?

Samedi 24 février 2018, à 15h
maison des Associations, rue Louis Braille, 06400 Cannes
Conférence animée par Mme Danièle SABORET

03/2018 Assemblée Générale et conférence – La Société scientifique et littéraire de Cannes a 150 ans

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Conférence
Assemblée générale, suivie d’une conférence

Samedi 17 mars 2018, à 10h Assemblée générale – 15h : conférence (horaires à confirmer)
hôtel Windsor, 16 avenue Windsor, 06400 Cannes
Conférence animée par M. Claude MARRO

04/2018 Sortie – Tende et La Brigue

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Sortie
Tende et La Brigue : musée de Préhistoire, Notre-Dame des Fontaines

Samedi 28 avril 2018
Tende et La Brigue

05/2018 Sortie – Jardin botanique du Rayol-Canadel et du village de Grimaud

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Sortie
Visite du jardin botanique du Rayol-Canadel et du village de Grimaud

Samedi 12 mai 2018
Grimaud

06/2018 Sortie – Journées d’études aux îles de Lérins

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Journée d’étude
Journée d’étude aux îles de Lérins

Samedi 9 et dimanche 10 juin 2018
îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat

09/2018 Sortie – Draguignan

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Sortie
Draguignan

Samedi 15 septembre
Draguignan

10/2018 Viva Association

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Sortie
Viva Association

vendredi 5 au dimanche 7 octobre
Cannes

10/2018 Festival du livre de Mouans-Sartoux

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Sortie
Festival du livre de Mouans-Sartoux

vendredi 5 au dimanche 7 octobre
Mouans-Sartoux

10/2018 Forum des Associations historiques des Alpes-Maritimes

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Sortie
Forum des Associations historiques des Alpes-Maritimes

Dimanche 27 octobre
Saint-Martin du Var

11/2018 Conférence – Qui était Julien Viaud, alias Pierre Loti ?

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Conférence, par Mme Danièle Saboret
Pierre Loti, alias Julien Viaud

Samedi 17 novembre
Espace Mimont, rue Mimont, Cannes

12/2018 Conférence – Les Fragonard de Grasse

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Conférence, par M. Christian Zerry
Les Fragonard de Grasse

Samedi 1er décembre
Espace Mimont, rue Mimont, Cannes

Compte-rendu du premier semestre 2018

Samedi 13 janvier, conférence de Mme Monique Delhom : Les Étrusques.

Précédés vers – 1200 par un peuple proche de la « civilisation des urnes » commune à toute l’Europe centrale, les Étrusques s’installent en Toscane, entre le Tibre et l’Arno, et s’étendent en Campanie à leur apogée, du VIII e au IV e siècle avant notre ère, avant de se fondre dans la civilisation romaine et de disparaître à la fin de
la République.
Le « mystère des Étrusques » tient à leurs origines, dont nous avons une connaissance incomplète. Leur langue, écrite en alphabet grec continental, n’a pas encore été déchiffrée. Elle ne semble pas appartenir au groupe indo-européen. Récemment, des tests ADN ont permis de différencier un peuple autochtone et une aristocratie en lien avec l’Asie Mineure du sud.
Outre les grands travaux effectués à Rome, dont les derniers rois étaient étrusques (l’assèchement du forum, le Cloaca Maxima), leur civilisation nous est connue essentiellement par les nombreux sites funéraires qu’ils ont laissés dans toute l’Italie centrale : tombes rurales dispersées de la première époque, puis nécropoles tumulaires aristocratiques en forme de temple, dont Cerveteri est la plus connue, et enfin de véritables « villes des morts ». Les sépultures nobles, de plus en plus grandes, réunissent l’ensemble de la famille élargie, y compris aux « clients ». Elles sont organisées comme des maisons appartenant au monde souterrain où se
retrouvent, dans des reproductions en terre cuite, tous les objets du quotidien. Les scènes de banquets auxquels participent librement les femmes, souvent représentées sur les fresques qui ornent les murs, confortaient les Romains dans la piètre opinion qu’ils avaient de ce peuple hédoniste et – selon eux – cruel. La céramique monumentale, l’art du bronze et l’orfèvrerie où ils excellaient, l’architecture reprise ensuite par leurs vainqueurs (on leur doit la technique de la voûte dite à tort « romane ») indiquent une civilisation raffinée.
Les textes des auteurs latins décrivent un peuple qui relie tout à la religion, pour qui le moindre événement est un message divin, d’où l’importance des augures et des haruspices, prêtres capables d’interpréter les signes envoyés par les dieux. La vie des Étrusques est divisée en cycles de douze ans, qui ne doivent pas dépasser le nombre de sept. Au-delà, le vieillard qui atteint un âge inconcevable ne sera plus l’objet de soins. Leur calendrier, prévu pour une durée d’environ mille ans et qui devait finir vers le début de notre ère, explique peut-être le fatalisme avec lequel ils subirent les attaques romaines et grecques : les dieux tranquilles représentés au moment de l’apogée deviennent ensuite inquiétants. Leur organisation politique, en décapoles dirigées par des rois puis des aristocrates et enfin par des magistrats, ne formait pas une fédération capable de s’unir pour lutter contre un ennemi commun, à l’instar des cités grecques. Peut-être auraient-ils pu dire, comme le fera Paul Valéry : « Nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles ».

Samedi 24 février, conférence de M. Richard David : La découverte de la porcelaine en Europe

La céramique fabriquée à partir de kaolin fut découverte en Chine, sous la dynastie des Sui, avant l’an 617. Le terme de porcelaine fut probablement utilisé pour la première fois par Marco Polo au cours de son voyage en Extrême-Orient, par comparaison aux coquillages appelés porcella en Italie. C’est naturellement à Venise, suite à l’ouverture des routes de la soie, qu’ont lieu, sans succès, les premiers essais pour tenter de percer le secret de la porcelaine chinoise, vers 1470, puis dans les grands centres artistiques que sont Milan, Ferrare et surtout Florence, pour aboutir à la fabrication d’une céramique appelée « porcelaine des Médicis », entre 1576 et 1587. Les Hollandais, qui créent en 1602 la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, importent une grande quantité de porcelaine et imitent les décors bleus des pièces chinoises sur les faïences de Delft. De nombreuses faïenceries se donnent le titre usurpé de « fabrique de porcelaine ».
En France, Louis XIV accorde en 1664 un privilège à Claude Révérend de Rouen, où était utilisé comme à Delft le décor bleu chinois sur des pièces en faïence, et en 1673 à Louis Poterat, également de Rouen. Celui-ci met au pointune porcelaine à pâte tendre, mais travaille seul pour garder son secret qu’il emporte lors de son décès en 1690.
Sa fabrication est peu importante. Claude Révérend s’installe à Saint-Cloud sous la protection du duc d’Orléans, dont la manufacture sera la seule en Europe, de 1697 à 1710, à fabriquer de la porcelaine à pâte tendre. Le secret de la porcelaine chinoise, à pâte dure, ne sera percé qu’en 1708 à Meissen, après la découverte du kaolin. Elle est due aux travaux de l’alchimiste prussien Johann-Friedrich Böttger qui, cherchant à obtenir de l’or à partir du mercure et craignant d’être séquestré, se réfugie à la cour de Saxe où il oriente ses recherches vers les arts céramiques, en compagnie du chimiste Ehrenfried Walter von Tschirnhaus. La fabrication de la porcelaine de Saxe est alors protégée de la concurrence étrangère par le prince-électeur qui interdit toute exportation de kaolin. Les premières pièces de porcelaine blanche apparaissent en 1709, mais il faut encore quatre ans pour maîtriser la coloration du décor. La manufacture est installée à Dresde puis à Meissen. D’autres s’ouvrent à Vienne et à Venise dans le courant du XVIII e siècle. Böttger réalise surtout des pièces de service et des vases. Ses successeurs enrichissent la gamme des couleurs utilisées, varient à l’infini les décors : fleurs, oiseaux, paysages, scènes de genre, et créent tout un univers d’aimables figurines (voir page précédente, Terrine aux cygnes, vers 1737-1741). L’apogée est atteint sous la direction de Johann Joachim Kändler, au milieu du siècle, alors que d’autres manufactures s’ouvrent en Allemagne et qu’en France la fabrication de porcelaine à pâte tendre se poursuit à Saint-Cloud, Lille, Chantilly, Vincennes et Sèvres. Cette dernière réalisera de la véritable porcelaine en 1768 seulement, après la découverte de kaolin à Saint-Yrieix, dans le Limousin, mettant fin au monopole allemand.

Samedi 17 mars, conférence de M. Claude Marro : Les 150 ans de notre Société.

En 1868, Cannes est en pleine mutation : reliée depuis peu au réseau ferré, embellie par une Croisette qui vient de naître, elle attire une riche population venue de toute l’Europe. Ces aristocrates hivernants mènent une intense vie mondaine mais ne fréquentent pas les notables locaux. Réunir ces deux classes qui s’ignorent dans un même intérêt pour l’histoire naturelle ou l’archéologie est le pari difficile que va réussir l’érudit magistrat Auguste Macé. Le 24 mars 1868 naît officiellement la Société des Sciences naturelles, des Lettres et des Beaux-Arts de Cannes et de l’arrondissement de Grasse, qui est l’ancêtre de la Société actuelle. Comptant parmi ses membres des hommes de grand savoir, elle publie en douze ans d’existence, huit volumes d’Annales, dont certains articles font date dans l’avancement des connaissances régionales, comme la découverte de l’homme préhistorique de la grotte de Menton ou le premier relevé des gravures du Mont Bego.
Elle crée un musée (enrichi ensuite par le baron Lycklama) et une bibliothèque, alors installés à l’hôtel de ville. Mais les luttes politiques locales qui opposent Républicains et Conservateurs divisent les administrateurs, et la Société est dissoute par arrêté préfectoral en 1880. Elle réapparaît six ans plus tard sous le nom qu’elle porte aujourd’hui, mais sera moins active et ne publiera aucune étude pendant un demi-siècle, malgré la présence de prestigieux personnages parmi ses membres : le félibre Frédéric Mistral, l’écrivain très « fin de siècle » Stephen Liégeard, Guy de Maupassant – qui y fera œuvre de botaniste et non d’homme de plume en contribuant à enrichir l’herbier de la Société – ou encore l’ex-empereur du Brésil Pierre II.
Il faut attendre 1928 pour que la Société scientifique et littéraire prenne un nouveau départ. Ses travaux, publiés régulièrement, se tournent pour l’essentiel vers l’histoire, mais aussi la médecine avec les recherches de Georges Quertant, pionnier de la musicothérapie, président de 1936 à 1964. Elle intervient également dans la vie de la cité en réclamant le classement de bâtiments historiques, la protection de sites naturels et la préservation d’archives anciennes.
Après une mise en sommeil pendant la Seconde Guerre mondiale, les travaux reprennent, sous la direction d’une remarquable équipe d’historiens qui mettent en commun leur savoir au cours de deux conférences et deux sorties mensuelles de découverte ou de prospection. Les sites les moins connus de Provence orientale sont ainsi étudiés et
publiés.
La disparition de ces pionniers n’a pas arrêté pour autant l’activité de la Société, qui fonctionne en réseau avec d’autres sociétés savantes et fait appel à des chercheurs issus de l’Université ou du monde associatif. Elle compte aujourd’hui une centaine d’adhérents et publie chaque année un volume de recherches dont le total, depuis sa création, s’élève à près de 14 000 pages. Son dernier ouvrage, à paraître en juin, Regards sur les îles de Lérins, fait intervenir géologue, botaniste, historiens, expert en arts, félibre, justifiant ainsi son qualificatif de « scientifique et littéraire ».

Samedi 28 avril, sortie à la Brigue, conduite par M. Richard David.

Trois églises contigües marquent l’entrée du village de La Brigue : les chapelles de l’Assomption et de l’Annonciation, qui furent occupées successivement par la même confrérie de pénitents, et la collégiale Saint-Martin, en grande partie reconstruite au XV e siècle sur un bâtiment plus ancien dont le style est peut-être rappelé par les arcatures lombardes qui ornent la façade occidentale.

L’édifice abrite plusieurs retables, dont un attribué à Ludovic Bréa, enchâssés par la suite dans des décors de stuc baroques.
Cette richesse témoigne de l’importance du bourg, qui se détache de Tende en 1360 et prête hommage au comte de Savoie en 1406, tandis que Tende reste dans la mouvance provençale pendant quelques décennies, fermant la route qui relie le comté de Nice aux terres savoyardes d’Italie. La Brigue ajoute alors, au traditionnel commerce de la laine, le transport muletier d’un itinéraire de substitution qui remonte la Levenza. Les notables de la florissante communauté manifestent leur position par les linteaux armoriés qui ornent leurs maisons. Bien que parfois martelés pendant la Révolution, ils constituent un des attraits d’une promenade à travers les rues étroites de la cité, dominées par les ruines du château des Lascaris.
À une demi-lieue de La Brigue, Notre-Dame des Fontaines, « la chapelle Sixtine des Alpes-Maritimes », est sans doute la lointaine héritière d’un sanctuaire en relation avec des sources intermittentes réputées miraculeuses. Le bâtiment, couvert sur charpente à l’origine, est agrandi d’un porche au XVIII e siècle, surélevé et coiffé d’une voûte aux motifs en grisaille de style rococo. Ce décor surmonte les fresques réalisées à la fin du XV e siècle par Jean Baleison dans le chœur et surtout Jean Canavesio sur l’arc triomphal (Vie de la Vierge et enfance du Christ) et les murs latéraux (la passion du Christ). Vingt-cinq tableaux développent le cycle de la passion, inspirés par le texte de l’évangile apocryphe de saint Jacques. Canavesio met en scène, avec un réalisme parfois véhément, les personnages sacrés vêtus à l’antique et les laïcs – parmi lesquels figurent les donateurs – représentés avec les costumes de son temps. Si le style expressionniste du peintre le rattache à l’esprit gothique, l’utilisation assez bien maîtrisée de la perspective en fait un précurseur de la Renaissance.

Samedi 12 mai, botanique et histoire dans le Var.

Le Jardin des Méditerranées du Rayol-Canadel est un espace protégé d’une vingtaine d’hectares appartenant au Conservatoire du littoral, au pied des Maures et face aux îles d’Hyères, entre Cavalaire et Le Lavandou. Le paysagiste Gilles Clément y a conçu un jardin qui rassemble les paysages de l’écozone méditerranéenne (Afrique du Sud, Californie, Chili, Australie) et de climat plus aride ou subtropical : une véritable invitation au voyage.
Les végétaux présents, regroupés par régions, ont pour point commun l’adaptation à une longue sècheresse estivale : évapotranspiration réduite par un feuillage pendant verticalement pour limiter l’exposition au soleil (eucalyptus), remplacé par des épines (cactées), protégé par un duvet ou une cuticule vernie (plantes succulentes) ; résistance au feu par une écorce épaisse (chêne-liège) ou au contraire, stimulation de la germination des graines par le feu (callistémon).
L’aspect trompeur de certaines plantes n’est pas le moindre attrait de ce jardin : ici, certaines variétés de strelitzia prennent l’allure de bananiers, tandis que le dragonnier des Canaries, qu’on prendrait pour un yucca, est en fait une herbe géante qui pousse sans former de cercles de croissance.
Le village perché de Grimaud, visité l’après-midi, est dominé par les ruines d’un château mentionné dès 1058. Le castrum de Grimaldo appartient alors aux vicomtes de Marseille, qui le partagent avec l’abbaye de Saint-Victor. C’est dire que la famille de Grimaldi, qui apparaît en Provence deux siècles plus tard, est étrangère à sa fondation. Il ne reste rien de l’édifice primitif. Le donjon en forme de fer à cheval, caractéristique des châteaux appartenant aux grands officiers royaux, ne remonte pas au-delà du XIII e siècle. Donné à plusieurs reprises puis repris à des proches du comte de Provence, il est entouré d’un vaste rempart ayant enserré le village avant son déplacement en direction de l’église à la fin du Moyen Âge. Dans l’enceinte désertée, un nouveau bâtiment est alors construit : une courtine relie des tours rondes soulignées par des corniches de serpentine et ouvertes de fenêtres encadrées du même matériau : la forteresse devient résidence.
L’église Saint-Michel (fin XII e ) est construite en gros appareil de granit local. Seuls ses doubleaux et la porte en plein cintre, aux minces claveaux allongés dans le sens du rayon, sont en calcaire venu d’assez loin. La nef en berceau, massive, s’ouvre sur un faux transept. L’ensemble est assez solide pour qu’on ait pu élever sans danger un clocher sur la voûte au XVI e siècle. La sobriété du décor intérieur rappelle l’origine monastique du bâtiment.
Devant le parvis de l’église s’ouvre la rue des Templiers, dénomination récente qui ne s’appuie sur aucun document. Elle présente des façades intéressantes où des baies rectangulaires (autrefois à meneaux ?), surmontées de larmiers en équerre, dominent une galerie reposant sur des arcs brisés. Elle conduit à la chapelle des Pénitents blancs, qui renferme plusieurs bustes reliquaires et un remarquable retable en bois doré attestant la richesse de la confrérie. Principal village du Freinet, Grimaud tirait ses revenus du port tout proche de Saint-Tropez, qui exportait la production locale, vin, huile, poteries, cuirs, et ravitaillait la région en blé comme en témoigne encore le moulin à vent qui domine le village.

Samedi 9, dimanche 10 juin : journées d’études aux îles de Lérins

Le cent-cinquantième anniversaire de notre Société, qui coïncide avec la candidature pour le classement de l’archipel de Lérins au patrimoine mondial de l’UNESCO, nous a conduits à y organiser deux journées d’études, sous le haut patronage de Madame la ministre de la Culture, selon un programme faisant alterner la visite de bâtiments le matin et un cycle de courtes conférences l’après-midi.
La première matinée était consacrée à Saint-Honorat, sous la conduite de M. Yann Codou, archéologue médiéviste, et tout d’abord à la chapelle Saint-Sauveur dont le site porte les traces des différentes phases d’implantation religieuse sur l’île : les fouilles ont révélé les vestiges de cellules érémitiques et d’un oratoire du V e siècle, ce qui indique la présence (simultanée ?) d’ermites et d’une communauté monastique. Si les premiers disparaissent au siècle suivant, l’oratoire perdure et devient un lieu de réunion, peut-être funéraire. Après plusieurs périodes d’abandon au cours desquelles le bâtiment a pu être utilisé pour un usage profane, des reconstructions marquent la réimplantation monastique. L’édifice prend sa forme actuelle au XI e siècle, lors de la relance du monastère par Odilon de Cluny. Son plan octogonal, selon le modèle des églises paléo-chrétiennes, a été choisi pour en rappeler les origines.
Après un court arrêt à la chapelle Saint-Pierre, plusieurs fois reconstruite mais mentionnée anciennement (on y a trouvé des tombes sous tegulae et l’autel était aménagé pour y recevoir des reliques), la visite se poursuit par l’ensemble abbatial, reconstruit au XIX e siècle par M gr Jordany, évêque de Fréjus, sur les vestiges du monastère médiéval. De celui-ci restent le réfectoire, une partie du cloître – le seul de style roman dans les Alpes-Maritimes – et la chapelle du Saint-Sacrement, ex-salle capitulaire où des niches semi-circulaires recevaient la dépouille des moines, leur permettant ainsi de participer symboliquement aux réunions du chapitre.
De l’église médiévale, détruite lors de la reconstruction, ne reste qu’un pan de mur pris dans la maçonnerie actuelle, et le précieux sarcophage paléochrétien, originaire du continent, qui en ornait autrefois la façade occidentale et se trouve aujourd’hui abrité dans la sacristie.

Le monastère fortifié, ou plutôt la tour-monastère, avait à l’origine une fonction exclusivement militaire, avant sa transformation aux XIVe et XVe siècles. Remarquable par ses trois cloîtres superposés (ci contre) et ses façades à bossages, elle fait partie des édifices inscrits sur la première liste des monuments historiques, établie en 1840. La visite se conclut par l’allocution du Père Abbé Don Vladimir Gaudrat, à l’issue de laquelle notre président, M. Richard David, lui remet un précieux exemplaire des Œuvres de saint François de Sales, dans une édition du XVIIe siècle en deux tomes, au nom de la Société scientifique et littéraire.

Après le repas pris dans les jardins du monastère, le cycle de conférences est inauguré par M. Audric Capella, qui rappelle que la Société des Sciences naturelles, des Lettres et des Arts de Cannes et de l’arrondissement de Grasse, fondée en 1868 et d’où est issue notre Société, réunissait savants reconnus, membres de l’élite cannoise et riches hivernants, se partageant entre érudition et sociabilité.

M. Frédéric Poydenod décrit ensuite l’histoire géologique de Lérins, archipel juché au bord du talus continental, encadré par de profonds canyons sous-marins, et oppose les strates monoclinales de Sainte-Marguerite au plissement de Saint-Honorat, davantage affecté par les phases de surrection pyrénéo-provençale et alpine, à l’ère tertiaire, avant d’être soumis à l’érosion.
C’est à une autre échelle de temps que la presqu’île de Lérins prend un caractère insulaire, il y a seulement deux millénaires.

Les îles deviennent alors l’objet d’une intense activité maritime que Mme Michelle David nous décrit sur le temps long : le commerce, mentionné par les auteurs latins et attesté à toutes les époques par de nombreuses épaves, la pêche, principal objet de litige entre les Cannois et l’abbé qui prétend en détenir les droits, le tourisme et la navigation de plaisance, non-exempte de danger, mais aussi la guerre, dont l’espace maritime de Lérins est parfois le théâtre.

C’est ce que confirme M. Stéphane Esclamanti , dans un entretien dialogué sur les quatre fours à boulets rouges que les îles de Lérins possèdent encore, modestes vestiges défensifs qui ont tardivement attiré l’attention des conservateurs du patrimoine bâti, alors que le monastère fortifié de Saint-Honorat a été très précocement classé, bien que sa restauration ait beaucoup tardé, confrontée à un manque de moyens et des règles très peu contraignantes à l’origine, comme l’indique M. Claude Marro dans une dernière communication qui clôt la première journée d’études.
Le second jour, consacré à l’île Sainte-Marguerite, commence par la visite du Fort-Royal, sous la conduite de M. Christophe Roustan-Delatour, directeur-adjoint des musées de Cannes. Au point culminant de l’île, le site du fort, de nombreuses fois bouleversé, est particulièrement riche en vestiges archéologiques dont l’enchevêtrement rend la lecture complexe.
Des tessons, datés du VI e s. av. J-C, attestent la présence d’une population préromaine, mentionnée cinq siècles plus tard par Strabon ; un couvercle en ivoire portant une dédicace au dieu Lérôn confirme l’existence d’un temple dédié à cette divinité et signalé par le géographe grec. Des morceaux de poteries dispersés dans toute l’île après l’arasement de la première cité par les Romains, prouvent des relations anciennes avec la Grande Grèce (l’Italie du sud), comme les fragments d’une fresque représentant des dauphins, la plus ancienne connue en France. La première cité, détruite par les Romains, fait place à une nouvelle agglomération, protégée par un rempart à contreforts semi-circulaires encore visible, alimentée en eau par des citernes et comprenant des bâtiments de prestige ayant nécessité des travaux de terrassement qui ont brouillé les traces des occupations antérieures. Le séisme accompagné d’un tsunami qui ravage l’archipel au V e siècle de notre ère met fin à l’occupation antique. L’île Saint-Honorat occupe désormais le devant de la scène.
Les constructions romaines de Sainte-Marguerite, qui restent visibles pendant le Moyen Âge, sont saccagées lors de la construction d’un premier château par Jean de Bellon, au début du XVII e siècle. Investi par les Espagnols qui ajoutent des bastions sur l’île (1635-1637), le fort est perfectionné par Vauban un demi-siècle plus tard. Cependant, tourné vers la côte, l’ouvrage ne défend aucune ville importante et devient une prison d’État. On ne sait si Vauban participa aux transformations préalables à l’incarcération du mystérieux « Masque de fer ».
La terrasse Bazaine,du nom d’un autre célèbre prisonnier du fort (ci-dessous à droite ), nous reçoit pour le déjeuner, suivi de la deuxième séance de colloque. Comme la veille, le milieu naturel est abordé en premier lieu : M. Bernard Ménéguz présente la flore et la faune sous-marines autour des îles de Lérins, un écosystème typiquement méditerranéen à l’équilibre fragile mais en bonne santé, comme le montre le développement de l’herbier de posidonies, et d’une grande variété d’espèces animales qu’il a pu étudier au cours de nombreuses plongées sous-marines.
M. Vincent Kulesza aborde la végétation de l’île Sainte-Marguerite, dont la remarquable variété florale s’explique par le substratum dolomitique permettant à la fois l’acclimatation d’espèces calcicoles et calcifuges, et qui porte les lambeaux d’une forêt « relique » dont les individus, soumis aux intempéries, prennent des formes pittoresques. Le conférencier analyse également le peuplement de reptiles des îles qui, s’il n’est pas endémique, se répartit de façon apparemment aléatoire dans l’archipel.

Le lien entre la végétation et l’homme est établi par Mme Marie Brunel qui évoque la gestion agricole et forestière de Lérins de l’Antiquité au milieu du XXe siècle, à Saint-Honorat, siège d’une « abbaye riche ans une île pauvre » avant la récente remise en valeur des terres par les moines, et à Sainte-Marguerite, tentée successivement par la mise en culture, l’exploitation forestière et le maintien d’un milieu naturel « pittoresque ».

Ce dernier caractère n’est pas étranger à la visite de Frédéric Mistral en 1887, que nous conte M. Gilles Désécot, et au nom que porte l’école félibréenne de Cannes, « L’escolo de Lerin ». Le fort de Sainte-Marguerite appartient à ce pittoresque, et sa restauration par des Chantiers de jeunes y a contribué, comme le rappelle M. Daniel Bigeonneau, qui les a longtemps dirigés.

Enfin, les paysages des îles ont fait l’objet d’une intense activité picturale, de la part d’artistes connus et aussi moins connus, perpétuant la tradition des vedute, mais qu’on ne peut rattacher à aucune école. C’est par une dernière communication sur ce sujet que notre président, M. Richard David, conclut ces deux journées d’études, dont les actes constituent les Annales de notre Société pour l’année 2018.

 


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